JR et l’histoire

La Pyramide du Louvre, conçue par l’architecte Ieoh Ming Pei en 1989, a disparu de la Cour napoléon. S’agit-il d’un scoop ? Cette structure en verre et en métal haute de trente-trois mètres est victime non des récentes inondations, mais d’une anamorphose, déformation optique due à un effet de perspective. Jusqu’au 27 juin 2016, le street artiste JR, inspiré par les œuvres contemporaines de Felice Varini, et peut-être par celles de Georges Rousse, se joue de l’histoire : celle du Louvre, celle d’une pyramide qui fit couler tant d’encre, celle, aussi, du rapport que le public entretient avec l’art.

« Dans le cas de la Pyramide du Louvre, le collage s’inscrit donc dans mon projet Unframed que je mène depuis 2009. J’utilise des images d’archives que je décontextualise, recadre, pour leur donner une nouvelle vie en fonction des contextes [1]. »

Parmi les autres œuvres de ce projet, figurent une vingtaine de collages réalisés à Ellis Island en 2014. Située à l’embouchure de l’Hudson dans l’État de New York, cette île accueillit le principal centre d’immigration des États-Unis. Entre 1892 et 1954, plus d’une douzaine de millions d’immigrés, principalement européens, y furent inspectés, et environ 2 % d’entre eux refoulés en raison de leur passé criminel, de leur état de santé ou simplement de leur incapacité supposée à trouver du travail. En 1990, a ouvert un musée retraçant cette histoire, faite d’histoires, que JR raconte à sa façon, dans ceux des bâtiments non encore réhabilités. De l’individuel au collectif, la montée en généralité, en universalité, passe par l’humain. Aussi l’œuvre de JR donne-t-elle à penser : un musée européen de l’immigration sera-t-il un jour inauguré sur une île grecque ou en Italie ?

Affiche du film "Ellis" de JR (2015)
Affiche du film « Ellis » de JR (2015)

« Mon arrière-grand-mère est venue du Portugal. Elle a acheté cette maison. Cette maison a vu défiler ses enfants, ses petits enfants et ses arrière-petits-enfants. La famille y vit encore. Nous avons des origines, un berceau. Ce berceau ne peut pas être rongé par les termites et jeté », déclare une habitante de la favela Morro da Providênciade à Rio de Janeiro. En 2008, JR y avait collé d’immenses photographies de femmes, avant d’aider à la création d’un espace culturel qui permette aux habitants des favelas de se réapproprier leur culture, leur histoire, et de les transmettre. Il poursuivit ce projet au Sierra Leone, au Liberia, au Kenya, au Cambodge et en Inde. S’y retrouvent les principales caractéristiques de son art : le noir et blanc qui distingue ses photographies de la plupart des images présentes dans l’espace public ; un attachement à la diversité et au multiculturalisme ; un « processus de création fondé sur le partage, les rencontres, le participatif, l’indépendance [2] » ; une volonté d’expliquer sa démarche lors d’entretiens et de conférences ainsi que par des livres et des films.

Librement accessible sur le web, Ellis, tourné en 2015 avec Robert de Niro, se passe de commentaires tant il est réussi. Women are Heroes, sélectionné par la Semaine de la critique à Cannes en 2010, partage la philosophie humaniste de documentaires tels que Human de Yann Arthus-Bertrand et Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, tous deux également sortis en 2015. Ainsi JR met-il à la portée de chacun un art exigeant qui a pour sujet des gens ordinaires. C’est un talent.

[1] Entretien avec Hugo Vitrani, avril 2016.

[2] Ibid.

Le picard, le français et l’Europe de Nithard

Il faut le talent et l’énergie d’Anne Potié pour réunir, à l’abbaye royale de Saint-Riquier en baie de Somme, des grands noms de la vie culturelle et intellectuelle française, qui, à leur tour, attirent un public nombreux autour d’un illustre inconnu : Nithard, comte-abbé de Saint-Riquier, petit-fils bâtard de Charlemagne, diplomate, érudit, écrivain et, avant tout, premier auteur d’un texte écrit en français.

Photographie de l'abbaye royale de Saint-Riquier - Baie de Somme
Abbaye royale de Saint-Riquier – Baie de Somme
© Yazid Medmoun

Si l’abbaye, fondée en 625 par Riquier, est devenue royale en 632 sous le règne de Dagobert Ier, elle acquiert son importance grâce à Charlemagne et à son gendre Angilbert, le père de Nithard, qui constitue notamment l’une des plus considérables bibliothèques d’Occident. Des invasions normandes jusqu’à la Révolution française, l’abbaye connaît plusieurs destructions dues à des incendies ou à des pillages. La plupart des bâtis actuels, remarquables, datent ainsi des 16e-18e siècles. Aujourd’hui Centre culturel de rencontre, l’abbaye accueille des artistes en résidence et conçoit une exposition sur le thème choisi pour l’année. En 2015, « Anima/Animal » explore, par des œuvres contemporaines plastiques ou littéraires, la relation entre l’animal et l’homme, êtres vivants dotés d’un même anima, d’un même souffle.

De tous les Carolingiens, Nithard m’est le plus attachant. La vie de cet homme, clerc et soldat, latiniste élégant mort au combat, est respectable ; son œuvre force l’admiration ; son action en matière de langage est d’une anticipation prodigieuse. […] Au risque d’un anachronisme […], j’affirmerai que Nithard a perçu la diversité des idiomes, promu les parlers vulgaires, compris la valeur sociale des langues : c’est en cela qu’il n’est pas seulement le premier écrivain de langue française, mais le fondateur de la politique en sa faveur. […] Il faut expliquer cette audace inouïe : faire accéder au parchemin, dès 842, le germanique et surtout le français, cette forme déchue de la langue divine et de la science qu’était le latin […]. Repose en paix. Tu nous as montré l’inanité de l’imperium linguistique, qu’il s’agisse de latin ou de globish ; tu nous as offert le plurilinguisme. Respect, Nithard ! [1]  Bernard Cerquiglini

Lors de l’hommage rendu au comte-abbé le samedi 7 novembre 2015, qui s’est clôturé, quatre ans après la redécouverte de ses ossements, par le dévoilement d’un cénotaphe sur le parvis de l’abbatiale, le passionnant et passionné linguiste Bernard Cerquiglini a de nouveau évoqué cette « audace inouïe », allant, pour marquer les esprits ou par provocation, jusqu’à attribuer à Nithard la paternité de l’Europe et celle de la francophonie. Si l’auteur du « scandale » est désormais connu, quelle est la cause de celui-ci ?

La mort de Louis le Pieux le 20 juin 840 ouvre une période de trois ans de conflits, au cours de laquelle ses trois fils, Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve, se battent pour le territoire de l’Empire carolingien. Le puîné des frères incite Nithard, son cousin germain et plus proche conseiller, à en faire le récit. Dans le troisième livre de son Histoire des Fils de Louis le Pieux, le comte-abbé rend ainsi compte des serments de Strasbourg que Louis le Germanique et Charles le Chauve prêtent le 14 février 842 aux dépens de leur frère aîné Lothaire. Chacun des deux princes prononce ce texte d’alliance dans la langue de l’autre : le tudesque et le préfrançais. En le mettant par écrit, Nithard, lui, valorise une langue vulgaire, il l’atteste et en permet la normalisation. À cet égard, soulignons que l’apparition du français est étonnamment précoce comparée à celles des autres langues européennes et que ce premier écrit est de nature diplomatique.

Dans ce contexte, il allait de soi que le Centre culturel de l’abbaye royale crée un prix Nithard, attribué annuellement à l’auteur d’un ouvrage consacré à la littérature et à l’histoire, et signe un partenariat avec l’Agence pour le picard, l’une des vingt-deux langues régionales reconnues officiellement, avec ses nombreux textes littéraires et ses deux millions de locuteurs potentiels.

Nithard. Le 14 février 842, un vendredi, à la fin de la matinée, sur le bord de l’Ill, dans un froid terrible, sur les lèvres des soldats francs, quand ils eurent à proclamer leurs serments, une étrange brume se leva. On a appelé cette brume le “français”. Nithard, le premier, écrivit le français. Pascal Quignard, 7 novembre 2015.  (cénotaphe)

 

Photographie de Pascal Quignard et de la buse Phoenix
Pascal Quignard et Phoenix
© Luc Petton

 

À l’occasion d’une résidence à l’abbaye de Saint-Riquier, l’écrivain Pascal Quignard, qui porte un intérêt particulier à l’histoire de la langue française, et le chorégraphe Luc Petton, dont les dernières créations mettent en scène animaux et danseurs, ont conçu Vie et mort de Nithard, une performance de ténèbres. Cet hommage est composé de trois parties, au sein desquelles un récit précède une chorégraphie : la chasse au poing, la repentance des soldats à la suite de la bataille de Fontenoy-en-Puisaye et la mort du comte-abbé sont les trois moments de vie qui ont été retenus. La performance, destinée à voyager dans l’Europe de Nithard, sera enrichie et modifiée selon le cadre dans lequel elle se déroulera.

 

 

 

Alors, Nithard, père de l’Europe, père de la francophonie ? Quoi qu’il en soit, souhaitons qu’il devienne plus illustre qu’inconnu.

Abbaye royale de Saint-Riquier, 80135 Saint-Riquier, contact@abbaye-saint-riquier.

[1] Bernard Cerquiglini, « Tombeau de Nithard », dans L’Europe avant l’Europe : les Carolingiens, traductions de l’anglais par Aviva Cashmira Kakar et de l’allemand par Ina Breuing, Abbaye royale de Saint-Riquier, 2014. Il s’agit du catalogue de l’exposition qui s’est tenue du 29 juin au 29 septembre 2014.

Land Art à l’abbaye de Jumièges

Chris Drury, Window on Blood and Water (2013)
Chris Drury, Window on Blood and Water (2013)

En introduction à la seconde édition de « Jumièges à ciel ouvert », qui présentera en 2016 des œuvres végétales monumentales, plusieurs installations sont exposées dans le parc de l’abbaye, dont Les Quatre Sorel de Mireille Fulpius.

Mireille Fulpius, Les Quatre Sorel (2015)
Mireille Fulpius, Les Quatre Sorel (2015)

Située dans les boucles de la Seine, l’abbaye bénédictine de Jumièges est en 1450 le lieu de rencontre de célèbres amants, Agnès Sorel et Charles VII, avant que ce dernier ne parte achever la guerre de Cent Ans. En outre, c’est à l’ombre des arcs, romans ou gothiques, que repose la favorite du roi, morte dans d’obscures circonstances, le 9 février 1450, à l’âge de vingt-huit ans.

Selon les explications de l’installation de Mireille Fulpius, les quatre couronnes de bois symbolisent soit les quatre filles d’Agnès Sorel, soit ses trois filles restées en vie et Agnès Sorel elle-même. Les tasseaux disposés verticalement, quant à eux, représentent la forêt, lieu de chasse royale, et par-delà Charles VII.

De ce préambule à « Jumièges à ciel ouvert », on retiendra toutefois moins les commentaires que les installations elles-mêmes et, surtout, la dynamique créée par la mise en présence des arts roman, gothique et contemporain. Le mélange de différentes esthétiques permet, par la comparaison qu’il suscite, de mieux apprécier chaque œuvre.

Land Art à l'abbaye de Jumieges
Land Art à l’abbaye de Jumieges

Dépêche : le 31 mai aux Frigos

Ce dimanche 31 mai 2015, de 14 h à 20 h, se déroule la seconde journée portes ouvertes aux Frigos, lieu de création pour plus de deux cents artistes depuis trente ans. L’histoire du bâtiment explique son nom. Construits en 1921, les entrepôts frigorifiques de Paris-Ivry servent à stocker, dans des chambres froides, les aliments transportés par la Compagnie ferroviaire Paris-Orléans. Cette activité cesse dans les années 1960 et le lieu est progressivement investi par des acteurs, des musiciens (les chambres froides font de remarquables studios d’enregistrement), des plasticiens. En 1985, la SNCF, et à partir de 2004, la Ville de Paris, propriétaires successifs du lieu, décident de le leur louer. Aujourd’hui, comme en témoigne la pétition que les visiteurs sont invités à signer, les contrats font l’objet de revendications : le propriétaire n’entretiendrait pas le bâtiment alors même que les loyers ne sont pas négligeables et en nette augmentation, et, tacitement, chercherait à évincer des locataires et à s’immiscer dans les orientations artistiques de cet espace. Que répond la Ville de Paris ?

Les clichés qui suivent ne constituent pas une sélection artistique. Ils ont été pris, dans le bâtiment historique (19, rue des Frigos) et dans le nouveau bâtiment (20, rue Primo Levi), au gré de la lumière, des espaces, des rencontres et des autorisations.

Les ateliers

 

Du côté des tissus…

 

Côté sculptures…

 

Céramiques… et céramistes

 

Les bijoux

 

Verrotype, peinture, photographie, sérigraphie, sans oublier l’art culinaire puisque Émilie Suzanne tient une table d’hôte, qui peut être privatisée.

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Enfin, l’Atelier Phénomènes présentait le travail réalisé pour restituer la grotte Chauvet.

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Les Frigos, portes ouvertes les 30 et 31 mai 2015, de 13h à 22h et de 14h à 20h, 19 rue des Frigos et 20 rue Primo Levi, 75013 Paris.

Design ou… design ?

De grandes affiches dans le métro parisien invitent à découvrir l’exposition « Design Power », rue de Cambrai, non loin de la Cité des sciences et de l’industrie. Si le design concerne le luminaire et le mobilier, comme en témoigne l’espace même où se tient l’exposition, il a toujours occupé une place, parfois discrète mais toujours essentielle, dans la vie des entreprises. Créé par la région Île-de-France en 2009, Le lieu du design entend accompagner les porteurs de projets dans ce domaine, ce qui est fort louable, et « Design Power » présente quelques-unes de ces réalisations.

Mini-Pure de Castalie (2014)
Mini-Pure de Castalie (2014) © Elium, Castalie/HB

 

« Plate ou pétillante ? Savez-vous qu’une bouteille d’eau parcourt en moyenne 900 km pour arriver sur nos tables ? Conçue par Elium Studio, la mini-pure de Castalie affine l’eau du robinet pour produire une eau neutre en goût, plate ou pétillante, fraîche ou tempérée. Plus de pollution liée au transport avec cette machine éco-conçue. Et on peut même choisir la taille des bulles. »

 

 

 

Lunettes Minima (2013)
Lunettes Minima (2013)
© Agence Crayon rouge, Minima/HB

 

« Vous pensiez avoir tout vu en matière de lunettes ? Et bien non. Le spécialiste des lunettes sans contour, attaché à révéler la personnalité de chacun, propose aux enfants des stickers repositionnables pour décorer les branches de leurs lunettes. Spécialiste de l’innovation par le design et la technologie, Minima collectionne les brevets… et les succès : ils ont été lauréats des trophées de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) 2013. »

 

 

 

Photographie du Dualo du-touch
Dualo du-touch
© J. Hotrique, F. Simon et Nimos Design/HB

 

 

« Dualo Du-Touch est un instrument de musique connecté et interactif, conçu par un mathématicien, un musicologue et un designer. Avec sa nouvelle répartition des notes et ses fonctions étonnantes, jouer de la musique est vraiment à la portée de tous. »

 

 

 

Pot à plante verte (2013-2014)
Pot à plante verte (2013-2014)
© F. Ezin, MEG Corp/HB

 

 

« Avis à ceux qui n’ont pas la main verte… et à ceux qui veillent sur les nombreuses plantes d’un restaurant ou d’un hôtel. Température, arrosage, lumière ou engrais, ce pot intelligent et connecté signale les besoins de la plante via une application. Mieux encore, il gère seul l’arrosage, grâce à une micro-pompe qui délivre la juste quantité d’eau dont la plante a besoin. Et en plus il est générateur d’ambiance grâce à des effets lumineux. »

 

 

 

 

Poignée ergonomique pour instruments chirurgicaux, portail communautaire répertoriant les événements culturels à proximité, peinture intelligente permettant d’allumer ou d’éteindre un luminaire rien qu’au toucher, doudou connecté : les projets, bien expliqués, montrent la diversité des domaines d’intervention des designers.

En sortant de l’exposition pour jouir du parc du pont de Flandre par une journée printanière, on se prend toutefois à regretter l’absence d’une pensée critique sur ces réalisations. Dans Le lieu du design, les mots « progrès », « innovation », « compétitivité » sont connotés positivement. Or l’histoire, c’est-à-dire aussi l’expérience, a montré qu’une nouveauté, pharmaceutique, technique, pouvait avoir des effets tout aussi bien bénéfiques que dévastateurs. Quelles sont les conditions, les implications et les conséquences du développement des objets connectés, de l’intelligence artificielle, par exemple ? Créer, produire, investir ne doit pas empêcher de mener une réflexion sur notre action, c’est-à-dire aussi, plus généralement, de définir l’avenir que nous voulons.

« Design Power », Site du Lieu du design, du 8 avril au 11 juillet, entrée libre.

Art liberté

Depuis le 9 novembre 1989, le mur de Berlin qui avait séparé Berlin a perdu sa fonction. Avec la disparition du Mur ont disparu les parties peintes souvent de façon artistique. Le Mur ne nous manquera point, mais l’Art du Mur. Il est donc important et surtout enrichissant de conserver cette peinture pour les générations à venir, qui pourraient être tentées d’oublier cette époque. Il faut se souvenir du Mur, comme le symbole pétrifié de l’échec politique. Il faut s’en souvenir aussi parce que les gens se sont habitués à son existence et l’ont intégré dans leur vie de tous les jours en le transformant en une œuvre d’art. L’art contre béton. L’art a gagné ! (Walter Momper, maire de Berlin (1988-1990)[1])

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Pour marquer le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin, Sylvestre Verger a conçu une exposition à la gare de l’Est à Paris, gare d’où partent la plupart des trains à destination de l’Allemagne et où transitent cent trente mille personnes chaque jour. « Art liberté : du mur de Berlin au Street Art » se veut un hommage aux artistes de toute nationalité ayant peint sur le Mur avant sa chute et, au-delà, à la liberté d’expression. Elle se tient dans trois lieux distincts : le parvis, le hall d’Alsace et la rue du même nom.

Le voyageur est accueilli par trois Trabant, voiture emblématique de la République démocratique allemande, réinterprétées par Christophe-Emmanuel Bouchet, Kiddy Citny et Thierry Noir. Autour d’elles sont présentées trente créations réalisées sur des fragments du Mur par des street artistes.

Jef Aérosol, Sitting Kid, septembre 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
Jef Aérosol, Sitting Kid, septembre 2014  © JA/HB

 

Jef Aérosol a représenté l’un de ses « garçon assis » que l’on retrouve un peu partout dans le monde, accompagné d’une flèche rouge, sa signature.

 

 

Jean Faucheur, Sans titre, juin 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
Jean Faucheur, Sans titre, juin 2014 © JF/HB

 

« Oublions la couleur, naviguons dans le flou, empêchons-nous de mieux voir… Ce regard absent… Le mien peut-être ? » (Jean Faucheur)

 

 

 

C215, Bons baisers de Russie, juin 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
C215, Bons baisers de Russie, juin 2014© C215/HB

 

 

« Baiser libéré… Volé à l’histoire, quand le noir et le blanc s’impriment sur le vélin d’un fragment d’espoir. » (C215)

 

 

L7m, Paix, amour : le colibri blanc !, mars 2015 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
L7m, Paix, amour : le colibri blanc !, mars 2015
© L7m/HB

 

 

Les oiseaux que peint l’artiste L7m, d’origine brésilienne, évoquent la déforestation amazonienne tout en étant porteur d’un message d’espoir. Le colibri blanc représenté sur le fragment du Mur est ainsi une métaphore de la paix et de l’amour.

 

 

 

 

Dans la gare sont suspendues des photographies du mur de Berlin réalisées par Heinz J. Kuzdas pendant les années quatre-vingts, et deux films présentent l’un l’histoire du mur de Berlin, l’autre les œuvres réalisées sur celui-ci avant sa chute.

Enfin, rue d’Alsace, Christophe-Emmanuel Bouchet, Kiddy Citny, L7m et Thierry Noir ont crée au début du mois d’avril 2015, au cours d’une performance, une fresque de quarante-sept mètres de long qui, par ses couleurs vives, égaie ce que les villes ont souvent délaissé : les alentours des gares. Ce projet fait aussi renaître les Statues de la liberté que Christophe-Emmanuel Bouchet et Thierry Noir avaient peintes sur le mur le Berlin, à Checkpoint Charlie, le 4 juillet 1986, année du centième anniversaire de la Statue de la liberté à New York, et qui avaient été recouvertes quelques mois plus tard par une œuvre de Keith Haring, elle-même voilée dès le lendemain.

Le double enjeu de l’exposition « Art liberté : du mur de Berlin au Street Art » est ainsi de faire découvrir les artistes du mur de Berlin en introduisant des œuvres dans la vie quotidienne des voyageurs et des riverains. Bel enjeu, beau défi !

« Art liberté : du mur de Berlin au Street Art », du 15 avril au 8 juillet 2015, Gare de l’Est (parvis, hall d’Alsace et rue d’Alsace), entrée libre.

Catalogue de l’exposition : Art liberté : du mur de Berlin au Street Art, Paris, sVo Art, 2015, 20 €.

[1] Citation extraite du catalogue de l’exposition, Art liberté : du mur de Berlin au Street Art, Paris, sVo Art, 2015, p. 4.

De l’art de guérir

Photographie de la salle du Musée d'histoire de la médecine
La salle du Musée d’histoire de la médecine

Dans les bâtiments de l’Université Paris-Descartes se cache un Musée d’histoire de la médecine. L’unique salle construite en 1905, toute de parquet et lambris, ainsi que les collections méritent d’être davantage connues. Ces dernières, les plus anciennes d’Europe, ont été réunies par le doyen Lafaye au 18e siècle, dans le but de fonder un musée d’enseignement de la médecine. Instruments de chirurgie ou de physiologie, écritoires marquetés, coffrets de pharmacie, mannequins jouxtent des portraits d’éminents médecins (gravures, lithographies, huiles sur toile, etc.).

 

Photographie de la trousse homéopathique du docteur Gachet
Trousse homéopathique Derode, gravée au nom du docteur Gachet, médecin de Van Gogh. Au 19e siècle, on assiste à un engouement pour l’homéopathie.

 

 

Ainsi peut-on voir la trousse du médecin de Van Gogh, le docteur Gachet. (Signalons au passage que la maison de celui-ci, située dans les hauteurs, fort agréables, d’Auvers-sur-Oise, est désormais un lieu dédié à la création contemporaine.)

 

 

 

 

Photographie de l'écritoire du Collège de chirurgie sous Louis XV
Écritoire du Collège de chirurgie sous Louis XV (marqueterie Boulle du 18e siècle en noyer et écaille de tortue ; les noms des chirurgiens de Louis XV sont gravés tout autour).

Le Musée d’histoire de la médecine propose régulièrement des expositions d’œuvres anciennes ou contemporaines sur des thèmes très variés, tels que « La mesure du corps sportif », « Avant les mots, les langes de la vie », « Le recours au ciel, saints protecteurs et guérisseurs » et, actuellement, « À la vie, à la mort : objets et rites de protection dans la Chine ancienne ».

Au sortir du Musée, sur le trottoir d’en face et à trois numéros de là, on peut visiter le remarquable réfectoire des cordeliers, seul bâtiment qui subsiste de l’abbaye des 13e-16e siècle.

 

« À la vie, à la mort : objets et rites de protection dans la Chine ancienne », Musée d’histoire de la médecine, du 21 novembre 2014 au 15 mars 2015.

Corps de pierre et de chair

Photographie du tombeau de François Ier par Pierre Jahan (basilique Saint-Denis, 1949)
Pierre Jahan, Tombeau de François Ier (basilique Saint-Denis, 1949) © Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

Vous ne connaissez pas le Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis ? Il n’est pas trop tard pour le découvrir à l’occasion de l’exposition consacrée à Pierre Jahan (1909-2003) qui photographia notamment les gisants de la basilique située à quelques rues de là.

Le Musée occupe l’ancien couvent des Carmélites de Saint-Denis fondé au début du 17e siècle et qui, de 1770 à 1787, accueillit l’une des filles de Louis XV, Madame Louise de France, choquée par les mœurs légères de la cour. Cloître, jardin des sens, chapelle rendent la visite des plus agréables, mais le parcours des expositions temporaires parfois sinueux. Les principales collections concernent le carmel, l’archéologie médiévale, l’ancien Hôtel-Dieu de la ville fondé au début du 18e siècle et dotée d’une remarquable apothicairerie, la guerre de 1870 et la Commune de Paris. Le Musée est également connu pour son fonds Paul Éluard, natif de Saint-Denis. À ces collections permanentes dont la diversité permet de visiter le Musée à plusieurs, chacun y trouvant son compte, s’ajoutent des expositions temporaires d’art contemporain ou qui mettent en valeur les fonds du Musée.

 

Autoportrait photographique de Pierre Jahan à vélo (1944)
Pierre Jahan, Autoportrait à vélo (1944) © Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

L’exposition « Pierre Jahan (1909-2003) : à l’ombre des rois, lumières et jeux de la photographie », organisée en collaboration avec ses descendants, la galerie Michèle Chomette et l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine (IMEC), propose de découvrir plusieurs séries réalisées par le photographe entre 1930 et 1960, résultats de recherches personnelles ou de commandes. Une centaine de tirage d’époque, certains inédits, ont été rassemblés, provenant de collections publiques ou privées. Il s’agit de la seconde exposition muséale de l’œuvre de Pierre Jahan après celle du musée Réattu d’Arles en 2010.

Lors de notre venue, nous avons suggéré d’ajouter une présentation de l’artiste et de son œuvre, tous les visiteurs n’en étant pas familiers. Au cas où cela n’a pu être fait, voici quelques mots sur Pierre Jahan. Le photographe, afin de subvenir à ses besoins, a collaboré à de nombreuses revues pour lesquelles il a réalisé des reportages. Il a également été sollicité par des entreprises – telles que les parfums Riguet, la cristallerie Daum, Christofle, Renault, Citroën –, pour leurs campagnes publicitaires et, à cet égard, s’est révélé un excellent photographe d’objet. Ces œuvres majeures sont cependant le fruit d’une pratique libre de la photographie. Pierre Jahan a exploré des registres extrêmement variés, des prises de vue extérieures très spontanées aux montages surréalistes. S’il a croisé André Breton et Paul Éluard, notamment lors de l’exposition surréaliste de 1938, il n’en a jamais été proche. Dès 1936, il a été membre du groupe de photographes Rectangle, qui renaît après la guerre sous le nom de Groupe des xv. Pierre Jahan, qui a toujours tiré ses photographies lui-même et aimait expérimenter, n’était toutefois guère un théoricien.

Photographie de Notre-Dame par Pierre Jahan, extraite de la série "Paris chante sa nuit" (janvier 1945)
Pierre Jahan, Paris chante sa nuit (Notre-Dame, janvier 1945)
© Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette
Photographie de docks par Pierre Jahan, extraite de la série "La vie batelière" (mars 1938)
Pierre Jahan, La vie batelière (docks, mars 1938)
© Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

 

Photographie de Pierre Jahan intitulée "Le pendu" (les puces, Paris, 1946)
Pierre Jahan, Le pendu (les puces, Paris, 1943)
© Pierre Jahan/ Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

L’exposition occupe trois espaces du Musée : la salle du chapitre, la salle Paul Éluard et la tribune de Mesdames. Le premier espace offre un glissement imperceptible et admirable des corps de pierre (Les gisants de Saint-Denis, 1948, La mort et les statues, 1941-1942, ainsi que le très remarquable et avant-gardiste Dévot du Christ de la cathédrale de Perpignan, 1934, représentant une statue en bois sculpté du 14e siècle) au corps de chair (Études de nus, 1945-1949, et Plain chant, réalisé avec Cocteau en 1947). Pierre Jahan a profité d’une séance d’éclairage cinématographique pour photographier les gisants de la basilique Saint-Denis, privilégiant, comme on peut le constater, ceux réalisés en marbre, sans doute parce qu’ils reflétaient mieux la lumière. Au fond de la salle du chapitre, sont exposées des photographies de paysages urbains, d’hommes au travail et des puces de Saint-Ouen, Pierre Jahan comme les surréalistes appréciant y observer les assemblages incongrus d’objets et y chiner.

 

La salle Paul Éluard, dans laquelle est visionné un documentaire de Julie Chaux, accueille d’une part des collages et des photomontages illustrant des poésies « surréalistes » du Moyen Âge et, d’autre part, des photographies de l’exposition surréaliste qui eut lieu à la galerie des Beaux-Arts, rue du Faubourg Saint-Honoré, en janvier et février 1938. Ces dernières, inédites, s’ajoutent désormais à celles, célèbres, de Man Ray et de Denise Bellon.

Photographie de Pierre Jahan intitulée "La main aux yeux" (1948)
Pierre Jahan, La main aux yeux (1948)
© Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette
Photogramme de Pierre Jahan extrait de la série "L'herbier surréaliste" (1945-1947)
Pierre Jahan, L’herbier surréaliste (1945-1947) © Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

 

Dans le dernier espace, la tribune de Mesdames, sont présentés, outre le Prédiscop, jeu divinatoire édité à fort peu d’exemplaires et qui témoigne là encore des intérêts communs à Pierre Jahan et aux surréalistes, des publicités, des photographies de la série Poupées (1942-1945) réalisées dans l’atelier du peintre et ami Henri Héraut, ainsi que des photogrammes de la série L’Herbier surréaliste (1947), d’autant plus « surréels » qu’ils ont été rongés par les flammes lors de l’incendie qui s’est déclaré dans l’atelier du photographe le 6 novembre 1948.

 

 

 

Cette exposition fait pénétrer dans l’univers si particulier de Pierre Jahan, artiste attachant par la qualité de son œuvre et par l’humanité, l’imagination et la liberté qui s’en dégagent. La galeriste Michèle Chomette l’évoque comme un éternel jeune homme qui s’émerveille de tout, et on la croit bien volontiers. Cette exposition donne également envie d’en savoir davantage sur sa vie et son parcours. Si les textes introductifs du catalogue gagneraient à être retravaillés et complétés lors d’une seconde édition, la biographie, la liste des expositions et des collections publiques, la bibliographie et la liste des œuvres présentées sont très bien documentées, permettant au lecteur de prolonger sa visite.

Photographie des tombeaux de Charles IV le Bel, Jeanne d'Evreux et Philippe V le Long par Pierre Jahan (basilique Saint-Denis,1949)
Pierre Jahan, Tombeaux de Charles IV le Bel, Jeanne d’Evreux et Philippe V le Long (basilique Saint-Denis, 1949)
© Pierre Jahan/Roger Viollet. Courtesy Galerie Michèle Chomette

À cet égard, il serait regrettable de ne pas aller voir les gisants qui ont inspiré le photographe. Située à cinq minutes à pied du Musée, la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France depuis le 6e siècle, offre un condensé d’histoire, d’histoire de la sculpture et de symbolique royale. À l’instar des entrées au Panthéon et des réalisations architecturales commandées par les présidents de la Cinquième République, les gisants, par leur représentation, les matériaux utilisés, leurs emplacements au fil des siècles, délivrent en effet une belle leçon de politique.

« Pierre Jahan (1909-2003) : à l’ombre des rois, lumières et jeux de la photographie », Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, du 5 décembre 2014 au 9 mars 2015 ; samedi 24 janvier 2015 à 14h30 : visite couplée avec une promenade sur le thème de l’histoire industrielle de Saint-Denis ; dimanche 8 février 2015 à 15h30 : promenade atelier en famille « visages de pierre ».

Pierre Jahan : à l’ombre des rois, lumières et jeux de la photographie, Paris, Éditions Loco/Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, 2014, 120 p., 24 €, catalogue en français et anglais.

Basilique cathédrale de Saint-Denis, ouverte tous les jours, toute l’année, sauf les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre et pendant certains offices religieux.

Photographier l’habitat

Voici un projet comme on aimerait en découvrir plus souvent : au centre, la photographe Hortense Soichet, à ses côtés, un éditeur, un commissaire d’exposition, un administrateur de résidence d’artistes, réunis pour valoriser une photographie inhabituelle de l’architecture.

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Hortense Soichet s’intéresse depuis plusieurs années à la relation que chacun entretient avec son habitat. Elle écoute et enregistre des récits, elle photographie. Sans doute afin d’éviter une certaine redondance entre le son et l’image, les occupants des logements photographiés sont absents de ses clichés. L’œil peut ainsi se concentrer sur ces intérieurs et leur environnement immédiat (jardin, garage, etc.). Hortense Soichet non seulement tient là une idée, mais possède également les talents, de photographe comme d’anthropologue, pour la réaliser.

 

 

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Hortense Soichet conçoit ses projets par territoire. Qu’il s’agisse de zones urbaines ou périurbaines, de zones rurales, celles-ci ont en commun d’être en cours de mutation. Son « terrain » un fois choisi, elle rencontre les acteurs locaux qui la mettent en contact avec les habitants. Son travail révèle la diversité des foyers au sein d’un même territoire et d’un territoire à l’autre, et ce au-delà des oppositions entre logement choisi et attribué, maison individuelle et appartement, espace vaste et exigu. En proposant des récits singuliers et une image originale de ces domiciles, elle remet en cause bien des idées reçues, ce qui est fort louable.

 

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Les éditions Créaphis la suivent dans son projet. Après Intérieurs : logements à la Goutte d’or (2011), ont été publiés Aux Fenassiers (2012), consacré à la ville de Colomiers, et Ensembles : habiter un logement social en France (Montreuil, Colomiers, Beauvais, Carcassonne) (2014). Le travail de la photographe a également retenu l’attention d’Audé Mathé, commissaire de l’exposition « Espaces partagés : photographies d’Hortense Soichet » qui se tient du 5 novembre au 8 décembre 2014 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris. Comme en témoigne la rubrique « actualités » de son site Internet, la photographe expose et intervient régulièrement dans différentes villes françaises. Elle fait également étape à La Métive, lieu international de résidence de création artistique situé dans la Creuse, où, loin des rumeurs du monde, lui sont offertes les conditions nécessaires à la poursuite d’un travail qui est aussi une œuvre.

« Espaces partagés : photographies d’Hortense Soichet », du 5 novembre au 8 décembre 2014, Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, entrée libre. Autour de l’exposition : jeudi 13 novembre à 19h, visite de l’exposition avec la photographe ; jeudi 11 décembre à 18h30, à la bibliothèque de la Cité, conversation autour du livre Ensembles, avec Hortense Soichet et Jean-Michel Léger, sociologue de l’habitat.

Au 12 rue Mallet-Stevens

Vu de l'exposition "Propos d'Europe 13" (Aurélie Cenno, courtesy Fondation Hippocrène)
Vue de l’exposition « Propos d’Europe 13 ». (Aurélie Cenno, remerciements à la Fondation Hippocrène)

Pourquoi cheminer, un jour d’automne, jusqu’à cette impasse située au creux du 16e arrondissement parisien ? Une première raison est qu’elle porte le nom d’un architecte et designer français dont la célébrité fut malheureusement posthume. Robert Mallet-Stevens (1886-1945) réalisa notamment le pavillon du tourisme pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 ainsi que de nombreuses villas, comme la villa Cavrois à Croix (Nord) (1929-1932) ou la villa Noailles à Hyères (1925-1933), monument national pour l’une, association soutenue par l’État et dédiée à la promotion de jeunes artistes pour l’autre. De 1926 à 1934, l’architecte édifia plusieurs hôtels particuliers rue Mallet-Stevens, dont un ensemble occupant les numéros 9 à 12. Au 10, se trouve l’ancienne maison-atelier des sculpteurs Jan et Joël Martel et, au 12, sa propre agence, remaniée après la guerre, qui abrite la Fondation Hippocrène et accueille, jusqu’au 20 décembre, une exposition d’art moderne et contemporain, soit les deux autres raisons de cette promenade automnale.

Martin Boyce "Eyes", 2012 (courtesy the artist and David Roberts Collection, Londres)
Martin Boyce, « Eyes », 2012.
(remerciements à l’artiste et à la collection David Roberts, Londres)

Créée en 1992 par Jean et Mona Guyot, la Fondation Hippocrène, reconnue d’utilité publique, a pour mission de renforcer la cohésion entre jeunes européens, en soutenant financièrement des projets qui visent à former les jeunes à l’Europe ou à étendre la place de l’Europe dans les médias. En 2002, elle a ainsi initié un programme d’expositions d’art contemporain intitulé « Propos d’Europe ». Chaque année sont présentées des œuvres d’artistes européens provenant d’institutions également européennes. Fruit d’un partenariat avec la Fondation d’art David Roberts située à Londres, « Le Musée d’une nuit (Script for Leaving Traces) » permet au visiteur parisien de découvrir une trentaine d’œuvres de la collection du mécène : Sur la plage (1926) de Tamara de Lempicka, dont Robert Mallet-Stevens conçut l’atelier au numéro 7 de la rue Méchain dans le 14e arrondissement de Paris ; Ady (1935-1939) de Man Ray, qui était un ami de l’architecte ; ou encore Eyes (2012) de Martin Boyce, artiste inspiré par les travaux non seulement des frères Martel mais également de Robert Mallet-Stevens, comme en témoigne la typographie utilisée à la fois dans l’œuvre exposée et pour le nom de la rue visible depuis la même pièce…

« Le musée d’une nuit (Script for Leaving Traces) », du 3 octobre au 20 décembre 2014, Fondation Hippocrène, 12 rue Mallet-Stevens, 75016 Paris, du mardi au samedi de 14 h à 19 h, entrée libre, livret de présentation.