« L’Invention de Morel » ou l’image et ses réalités

Adolfo Bioy Casares, L'Invention de Morel (1940)En 1940, l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares (1914-1999), proche de Jorge Luis Borges, signe un roman qui le fait connaître : L’Invention de Morel. Au moyen de machines, un inventeur filme pendant une semaine les habitants d’une île à leur insu, puis projette ces images à un homme ayant entre-temps échoué. Celui-ci, pensant évoluer non dans un monde transposé mais dans la réalité, s’éprend d’une femme sans toutefois parvenir à communiquer avec elle. Il observe également de curieux phénomènes qui le conduisent à découvrir le subterfuge. Dès lors se posera à lui la question de vivre, en l’occurrence un amour, à la fois en image et en réalité.

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Réunissant des œuvres d’une douzaine d’artistes d’horizons variés (Leandro Erlich, Julio Le Parc, Stéphanie Solinas…), l’exposition « L’Invention de Morel ou la machine à images », présentée jusqu’au 21 juillet à la Maison de l’Amérique latine à Paris, n’illustre pas le roman : elle s’en réapproprie les réflexions sur la réalité des images, leur matérialité, sur le rapport de l’être humain à celles-ci, mais aussi sur l’immortalité ou encore l’éternel retour. Chaque artiste a œuvré à partir d’idées, de scènes, de personnages ayant retenu son attention. Miroirs, vitres sans tain, reflets spéculaires, hologrammes occupent une large place parmi les moyens utilisés pour travailler sur les images, leurs transformations ou réplications. Le visiteur est aussi régulièrement convié à interagir avec des images, voire à en créer.

Jean-Louis Couturier, Petit Verre vert (2016)
Jean-Louis Couturier, Petit Verre vert (2016)

Cette exposition, très convaincante par sa manière de penser la relation entre source d’inspiration et œuvres, témoigne de l’influence durable du roman d’Adolfo Bioy Casares sur les arts. Elle donne particulièrement envie de lire ou de relire cette Invention de Morel qui, en près de quatre-vingts ans, n’a pas vieillie.

« L’Invention de Morel ou la machine à images », du 16 mars au 21 juillet 2018, Maison de l’Amérique latine, 217 bd Saint-Germain, 75007 Paris, 01 49 54 75 00, du lundi au vendredi de 10h à 20h, samedi de 14h à 18h, entrée libre.

Au Centre culturel irlandais…

Façade intérieure du Collège des IrlandaisSitué non loin du Panthéon à Paris, le Centre culturel irlandais occupe les bâtiments de l’ancien Collège des Irlandais. À partir de 1578, celui-ci accueillit un nombre croissant d’étudiants dans le contexte de la Contre-Réforme et des restrictions affectant la formation des catholiques en Irlande. La Révolution française marqua le début du déclin de la communauté. En 2002, le Collège fut restauré et le Centre culturel inauguré.

 

Cour du Collège des Irlandais

Donnant sur une très vaste cour arborée, havre de paix au cœur de Paris, la médiathèque est une mine pour découvrir l’Irlande dans tous ses aspects : littéraire, politique, historique… Le Centre culturel comprend également une bibliothèque patrimoniale riche d’environ huit mille manuscrits et imprimés ainsi que les archives historiques du Collège des Irlandais dont certains fonds remontent au début du 14e siècle.

Le Centre culturel organise de nombreux événements et notamment des expositions d’art contemporain irlandais. Actuellement et jusqu’au 8 janvier sont présentées des photographies d’Hannah Starkey, « explorations des expériences et des observations quotidiennes de la vie urbaine au féminin », selon les mots de l’artiste reconnue internationalement. Dans l’exposition Women, des femmes souvent seules, qu’elles soient flâneuses, contemplatives ou rêveuses, sont mises en situation selon des compositions maîtrisées pouvant faire penser à des œuvres d’Edward Hopper. Deux éléments sont récurrents : les miroir et reflet, qui permettent des jeux entre l’abstrait et le concret ainsi qu’entre l’intérieur et l’extérieur, et la fumée, évocatrice du mouvement. Ces photographies témoignent d’une observation fine de la vie quotidienne.

 

Chapelle du Collège des Irlandais

Le Centre culturel offre ainsi la possibilité de se dépayser sans quitter la capitale. Notons que tous les dimanches, la communauté irlandaise de Paris se retrouve dans la chapelle historique pour y célébrer la messe autant que pour partager un moment chaleureux. Irlandais ou non, croyant ou non, chacun est convié.

Centre culturel Irlandais, 5 rue des Irlandais, 75005 Paris, 01 58 52 10 30.

Hannah Starkey, « Women », du 10 novembre 2016 au 8 janvier 2017 (fermeture du 24 décembre au 2 janvier), du mardi au dimanche de 14h à 18h, le mercredi jusqu’à 20h, entrée libre.

Hannah Starkey : Photographs 1997-2007, Göttingen, Steidl, 2008.

Etel Adnan : créations et engagements

Etel Adnan, Voyage au mont Tamalpaïs (2008)
Etel Adnan, Voyage au mont Tamalpaïs (2008)
Courtesy Galerie Claude Lemand

Née à Beyrouth d’une mère grecque et d’un père syrien, Etel Adnan a vécu aux États-Unis et au Liban avant de s’installer à Paris. Si elle parle l’anglais, l’arabe, le français, le grec et le turc, elle a publié une quarantaine de livres en anglais et en français qui constituent son œuvre littéraire. Or à celle-ci s’ajoute, outre des réalisations pour le théâtre, une œuvre artistique qui, en dépit d’expositions régulières aux États-Unis, en France et au Liban depuis 1960, n’a été reconnue internationalement qu’à la documenta 13 en 2012. Il s’agit des hasards, des découvertes de la vie, ou d’une vie, celle d’Etel Adnan.

Etel Adnan, Sans titre (2012)
Etel Adnan, Sans titre (2012)
Courtesy collection privée Andrée Sfeir-Semler

Aussi quelle réjouissante et louable idée l’Institut du monde arabe a-t-il eu de consacrer une exposition monographique à ces huiles sur toile, dessins au fusain ou à l’encre de Chine, pastels et aquarelles, leporellos soit « livres-accordéons », pour certains inédits et où se mêlent peinture, sculpture de papier japonais et écriture. Formée à la seule école d’art de la vie, Etel Adnan réalise de petits formats, en une seule séance, dans un atelier qui n’est autre que son bureau d’écrivaine ou sa salle à manger.

Etel Adnan, La Montagne (2014)
Etel Adnan, La Montagne (2014)
Courtesy Galerie Claude Lemand

Nul objet, nul être vivant, pas même sa signature ne troublent des paysages aux couleurs pures, entre abstraction et figuration. À une évocation des peintures de Nicolas de Staël, à la force des lignes et des empâtements au détriment des détails, elle répond : « Je me retrouve dans cette conception, à cette différence près que de Staël fait s’entrechoquer les couleurs et que moi je les pose calmement l’une à côté de l’autre. » Il y a identité entre Etel Adnan et ses œuvres, c’est évident. D’ailleurs, elle ne dit pas autre chose : « Ces montagnes et ces mers sont mon autre visage, le plus durable et le plus constant. » Et, employant le même terme : « Il est probable que, si je n’écrivais pas, ma peinture prendrait un visage différent. » Visage pictural tout en couleurs, visage littéraire composé de guerres, celles d’Algérie, du Vietnam, du Liban.

Etel Adnan, Matinée récréative (2015)
Etel Adnan, Matinée récréative (2015)
Courtesy Galerie Lelong

Dans le premier espace de l’exposition est présenté le manuscrit de son célèbre poème intitulé L’Apocalypse arabe (1980), également lu en anglais par elle-même, en arabe et en français. Avec Beyrouth Express Enfer (1973) et Sitt Marie Rose (1978), il appartient aux écrits les plus engagés d’Etel Adnan en faveur de la paix.

« Que faire pour sortir du cercle de mort qui entoure le Moyen-Orient ? J’ai cru un moment que la solution était révolutionnaire. Mais la guerre civile au Liban m’a convaincue que les guerres font plus ajouter de nouveaux malheurs que résoudre des conflits. J’ai commencé à désirer la paix. La désirer fortement. C’est alors que la question s’est posée : quelle paix ? Que va vouloir dire cette paix ? J’ai compris que cette paix doit vouloir dire : accepter l’autre. L’ennemi qui est devenu au cours du temps réalité et mythe, corps et image. Dans ce cas particulier cela voudra dire aller chez l’autre et le laisser venir, l’accueillir. Ultimement, en faire un ami. »

Les trois espaces suivants sont dédiés à cet « autre visage » d’Etel Adnan. Aux montagnes, thème premier et cardinal de son œuvre, succèdent des paysages urbains, New York, Paris, Beyrouth, et, ultimement, deux tapisseries : Acrobaties printanières (1967-1970/2015) et Matinée récréative (2015). Le parcours de l’exposition reflète-t-il celui d’Etel Adnan ? Celui qu’elle a eu ou qu’elle aurait voulu avoir ? Une chose importe davantage : du fait de son expérience, son langage artistique et littéraire, compréhensible par chacun, touche à l’universel. Ses œuvres sont ainsi de celles que l’on aimerait acquérir, pour elles-mêmes et pour introduire et recevoir chez soi un vécu, une personnalité, à laquelle on associe volontiers les mots de multiculturalisme, de création et d’engagement.

« Etel Adnan. Une grande figure des arts : peinture, poésie, dessin, tapisserie… », du 18 octobre 2016 au 1er janvier 2017, du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h, Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75005 Paris, 01 40 51 38 38, 5 €/3 €.

« Etel Adnan : le poème visuel », 1er décembre 2016 à 18h30, entrée libre : soirée en présence de l’artiste (table ronde, lectures, concert).

Ismyrne, 6 décembre 2016 à 19h, entrée libre : ciné-débat autour du documentaire sur Etel Adnan réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (2016, 50 minutes).

« J’aimerais contempler avec toi… »

« Ce tableau paraît très calme et il est très subtile, au sens commun du terme mais aussi au sens propre : il montre l’arrière de la toile, il montre l’envers de la peau, il montre à notre regard étonné ce qui se passe à l’intérieur quand cet homme très tendre touche cette femme très attentive, et il montre par un geste infime que cette femme aime être touchée, et il montre qu’elle le lui dit, en effleurant à peine sa main. »

Prix Goncourt 2011 pour son premier roman L’Art français de la guerre, Alexis Jenni a récemment écrit un livre à nul autre pareil. Devant son incapacité à exprimer le toucher de la peau aimée, il a décidé d’invoquer la peinture pour l’y aider. Une trentaine d’œuvres aussi différentes que le Ravissement de saint Paul de Nicolas Poussin et le Portrait de George Dyer à bicyclette de Francis Bacon lui permettent ainsi d’appréhender l’indicible.

« Toi, d’un trait », « La peau n’a pas de fin », « Vêtu de crépitements » : au fil de la lecture, toucher de l’aimée et toucher dans et de la peinture se dissocient pour finalement mieux se retrouver. Qu’il soit ou non voulu, l’effet est réussi. De façon plus ou moins subreptice, glisse-t-on du drap de la toile au drap du lit, du corps comme métaphore du tableau, ou inversement, tandis que texte typographié et autocitations manuscrites conversent, en une grande cohérence, avec les reproductions des tableaux et de certains de leurs détails.

Sans manières ni ostentation, Alexis Jenni livre son rapport aux œuvres, ses souvenirs, ses préférences, ses incompréhensions, de même qu’il décrit des moments de vie quotidienne partagés avec l’aimée. Sans mépris ni pédagogie, il fait voir, il apprend, dans les deux sens du verbe, soit à autrui et à lui-même. Pourquoi s’interdire de clamer son ignorance ? Pourquoi laisser à d’autres, considérés comme plus experts, le soin d’exercer un esprit critique ? Ces pages révèlent un auteur affranchi, sensible, humble. En témoignent les citations de Catherine Millet, Jean-Philippe Toussaint et Denis Diderot placées en exergue.

Dans l’attente de toi, dans l’attente, peut-être, de pouvoir écrire ce toucher qui te ferait exister, est une belle et originale idée. Il ne faut s’attendre à rien, il faut accepter de se laisser perdre. Telle une promenade de l’errance, la lecture respire, chemine, elle accorde le temps nécessaire au ressentir. D’ailleurs, les numéros des pages ont été habilement camouflés, comme si l’on eût voulu cette lecture infinie. Dans l’attente de toi est un livre que l’on aimerait offrir et se voir offrir, sans occasion particulière. Pour exprimer, simplement, pensée, proximité, gratitude envers chacun, le familier comme l’inconnu.

Couverture "Dans l'attente de toi" d'Alexis Jenni (2016)

 

Alexis Jenni, Dans l’attente de toi, Paris, L’Iconoclaste, 2016, 272 p., 22,50 €.

Une Rebecca saisissante

Rebecca d'Alfred Hitchcock (1940)
Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940)

Orson Welles fut un homme de lettres et d’arts, de théâtre et de cinéma, mais aussi de radio. En 1938, il adapte le roman de science-fiction de H. G. Wells La Guerre des mondes (1898) sous la forme de feuilletons radiophoniques qui le rendent célèbre. Six semaines plus tard, le 9 décembre, il décide d’inaugurer son émission « The Campbell Playhouse » avec l’une des meilleures ventes de l’année, Rebecca, de Daphné du Maurier. Devant le succès de l’émission, le producteur David O. Selznick en envoie une copie à Hitchcock afin qu’il crée une version pour le cinéma. Rebecca obtient l’oscar du meilleur film en 1940.

Le 8 octobre 2016, au studio 104 de la Maison de la radio, France Culture renouvelait l’expérience, en adaptant le texte original de l’émission d’Orson Welles et en proposant une musique originale. Sur scène, l’Orchestre national de France interprétait la composition de Didier Benetti, dans laquelle se percevaient notamment des réminiscences aux partitions de Bernard Herrmann, compositeur et chef d’orchestre qui collabora de nombreuses fois avec Hitchcock. Des acteurs, derrière des microphones aux rendus différents, jouaient les personnages de madame et monsieur de Winter, madame Van Hopper, etc. À cet égard, assurant à la fois la voix off et la voix de la protagoniste, Melissa Barbaud était particulièrement convaincante. Dans le fond du plateau, entourée des accessoires nécessaires, Élodie Fiat reproduisait les bruits de vaisselle, de papiers froissés, de tiroirs ouverts puis refermés, la régie se chargeant de la mer, des moteurs de voiture, de l’orage, ainsi que des lumières. Certes l’atmosphère du roman gothique se prête à une telle adaptation, certes la musique possède une puissance émotionnelle considérable, mais cela n’amoindrit en rien la qualité d’un travail d’équipe dont le résultat fut saisissant, captivant.

En initiant les concerts-fictions en 2014, France Culture pariait que le roman radiophonique pouvait encore susciter l’enthousiasme non seulement de spectateurs accueillis dans les coulisses de la Maison de la radio pour une soirée plaisante et peu fatigante, mais également, quelques semaines plus tard, des auditeurs restés chez eux ou en déplacement. Comme Orson Welles l’avait supposé, il est possible de raconter des grands textes de la littérature à la radio, en une heure de temps. France Culture, selon les mots de Blandine Masson, responsable de la programmation, reconnaît l’héritage et le réinvente dans le but d’élever la fiction radiophonique au rang des beaux-arts. C’est audacieux, c’est réussi, merci !

La fiction radiophonique : Rebecca, Daphné du Maurier, samedi 26 novembre 2016, 20h, dans l’émission « Samedi noir ».

Le CD de l’émission Rebecca (1938), avec Margaret Sullavan dans le rôle titre et Orson Welles dans celui de Max de Winter, et accompagné du texte bilingue, est disponible chez Phonurgia Nova Éditions.

Couverture de Rebecca de Daphné du Maurier (1938)

 

Le roman : Daphné du Maurier, Rebecca, traduit par Anouk Neuhoff, Paris, Albin Michel, 2015.

 

 

Concert-fiction à venir à la Maison de la radio : Le Dernier Livre de la jungle, Yann Apperry et Massimo Nunzi, jeudi 1er décembre 2016, 19h, 8/15 €.

Concerts-fictions en réécoute et podcast sur le site http://www.franceculture.fr : Alice & Merveilles, d’après Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll ; Dracula de Bram Stoker ; Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad ; 20 000 lieues sous les mers de Jules Vernes.

« Nous sommes les hommes creux… » (T. S. Eliot)

Photographie de la carte d’identité de sauveteur-ambulancier de ZadkinE (3 octobre 1914)
Photographie de la carte d’identité de sauveteur-ambulancier de Zadkine (3 octobre 1914)
(Paris, archives du musée Zadkine, legs Valentine Prax, 1981)

Le chemin du musée Zadkine conduit au recueillement. Un étroit passage entre deux immeubles parisiens débouche sur une, puis des cours arborées. S’offrent alors, au hasard d’une intimité courbée, une sculpture de l’artiste russe, puis une autre. Le balancement des arbres dans le vent, la lumière à la fois chaude et pointue de l’automne pénètrent les vastes volumes de ce qui fut sa maison et ses ateliers à partir de 1928, à l’âge de quarante ans. Avant ? Il y eut surtout la guerre.

 

 

« L’heure est grave, tout homme digne de ce nom doit agir, se défendre de rester inactif. Toute hésitation serait un crime. Point de paroles, des actes. » (Blaise Cendrars, 1914)

Ossip Zadkine fut parmi les étrangers amis de la France qui se mobilisèrent. Engagé volontaire en janvier 1915, il rejoignit la Légion étrangère. D’abord infirmier, puis brancardier, il fut victime d’une attaque aux gaz vers le 10 décembre 1916, passant à son tour du côté des blessés, trois semaines allongé sur le ventre à vomir. Réaffecté à la fin du mois de février 1917, il fut renvoyé à l’hôpital dès le 19 mars et réformé le 7 octobre. Il eut le souffle court, le restant de sa vie.

Ossip Zadkine, Scène d’évacuation (1916)
Ossip Zadkine, Scène d’évacuation (1916)
© BDIC, musée d’histoire contemporaine © ADAGP 2016

De cette épreuve, il rapporta une trentaine de dessins dont il tira une vingtaine de gravures au cours de l’hiver 1917-1918. Ces œuvres sont réunies, pour la première fois, au musée Zadkine. Réalisées dans le dénuement, la soixantaine de compositions issues de la guerre témoignent non seulement de l’expérience vécue, mais également de ce que la création permet de catharsis et d’oubli.

Ossip Zadkine, Scène d’hôpital (1916)
Ossip Zadkine, Scène d’hôpital (1916)
© BDIC, musée d’histoire contemporaine © ADAGP 2016

Au fil des ateliers, se succèdent des scènes de cantonnement, de missions d’évacuation, d’hôpital, de retour à la vie. Défiant la perspective, Zadkine, comme d’autres artistes ayant également connu le front, efface toute individualité et souligne la raideur de corps dont on ne sait s’ils sont morts ou vivants. Il représente aussi des amputés, des gueules cassées hantant les bistrots ou errant dans les rues de la capitale à la recherche d’une issue, physique et psychologique.

Ossip Zadkine, Blessé descendant un escalier (1917)
Ossip Zadkine, Blessé descendant un escalier (1917)
© Musée Zadkine/Roger Viollet © ADAGP 2016

Ce sont ces « hommes creux » que l’écrivain Thomas Stearns Eliot dépeint en 1925 dans son poème The Hollow Men. Chris Marker s’en inspira pour réaliser en 2005 Owls at noon, Prelude : The Hollow Men. En écho aux dessins de Zadkine, ce montage photocinématographique d’une vingtaine de minutes présente en alternance des vers du poème et des images de victimes, femmes ou hommes, de la guerre. Sa puissance évocatrice est considérable.

Chris Marker, Owls at noon, Prelude : The Hollow Men (2005)
Chris Marker, Owls at noon, Prelude : The Hollow Men (2005)
Courtesy Chris Marker

L’exposition « Destins/Dessins de guerre » est un lieu. Un lieu de vie ou d’existence, un lieu de résurgence ou tout au moins de réémergence. La confrontation des œuvres, celle de Chris Marker avec les dessins de guerre, avec les sculptures postérieures d’Ossip Zadkine, permet de mieux saisir leur essence et leur style. Sans doute n’en serait-il en outre rien sans ces volumes, cet air et cette clarté, qui avaient déjà séduit l’artiste russe lors de sa première visite de l’atelier.

« Destins/Dessins de guerre », du 2 octobre 2016 au 5 février 2017, de 10h à 18h sauf le lundi, Musée Zadkine, 100 bis rue d’Assas, 75006 Paris, 01 55 42 77 20, musée.zadkine@paris.fr, 7/5 €.

Couverture de "La Terre vaine et autres poèmes" de T.S. Eliot

 

 

Couverture de "Poésie" de T.S. Eliot

T. S. Eliot, Poésie, traduction de Pierre Leyris, Paris, Éditions du Seuil, 2003 ; id., La Terre vaine et autres poèmes, traduction de Pierre Leyris, Paris, Éditions du Seuil, 2014.

 

Couverture du catalogue de l'exposition "Destins/Dessins de guerre"

Catalogue de l’exposition : Véronique Koehler, Destins/Dessins de guerre, Paris, Éditions Paris Musées, 2016. Outre la reproduction des œuvres présentées et de diverses sources, ce catalogue au papier travaillé propose plusieurs études sur les sujets abordés dans l’exposition.

Salvador Dalí – Joann Sfar, un alliage inédit

Joann Sfar, Je sens un décollationnage… (2016)
Joann Sfar, Je sens un décollationnage…

Joann Sfar, auteur de la bande dessinée Le Chat du rabbin (2002-) ou encore du film Gainsbourg, vie héroïque (2010), a rencontré Salvador Dalí à la fin de l’adolescence. S’il a tôt fait connaissance avec les écrits pléthoriques de l’artiste, il a fallu l’invitation récente de l’Espace Dalí pour qu’il fréquente sa peinture ou, selon ses propres mots, qu’il entre en intimité avec celle-ci. Quelle fut la commande ? Quels en sont les aboutissements ?

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L’Espace Dalí, dont la collection permanente comprend sculptures, dessins, peintures, mobilier et objets variés, organise une exposition temporaire par an. Dalí étant un grand raconteur d’histoires, sur son œuvre comme sur sa personne, il s’est agi de trouver une personne qui sache narrer Dalí. L’exposition « Joann Sfar, Salvador Dalí : une seconde avant l’éveil » retrace l’histoire d’une rencontre entre deux artistes, au cours de laquelle Joann Sfar tente d’imaginer, de penser comme Dalí. S’y mêlent sans se confondre des pièces de la collection permanente et plus de deux cents planches originales de Sfar, également réunies sous la forme d’une bande dessinée, Fin de la parenthèse.

Couverture de "Fin de la parenthèse" par Joann Sfar
© Éditions Rue de Sèvres

L’artiste Seabearstein se trouve engagé dans une expérience inédite. Pour sauver le monde de l’obscurantisme dans lequel il sombre, il doit réveiller le seul prophète non religieux encore existant, Salvador Dalí, dont le corps a été cryogénisé, c’est-à-dire placé à très basse température en vue d’être conservé et éventuellement ressuscité. Pour atteindre son but, Seaberstein, aidé de quatre modèles féminins, doit invoquer l’esprit du peintre en mettant en scène ses tableaux. À la lecture de ce récit, le choix de Joann Sfar pour raconter Dalí apparaît des plus pertinents. Associations d’idées, imagination, jeu sur la relation entre rêve et réalité caractérisent les œuvres des deux artistes. D’autres, à l’évidence, iraient plus loin, évoquant extravagance, fantasmagorie, illusion, délire ou tout du moins déraison.

Salvador Dalí, Femme en flammes (1980)
Salvador Dalí, Femme en flammes (1980)
© I.A.R

Deux thèmes se révèlent saillants dans cette réalisation à quatre mains : le sacré et la mode. Il incombe aux arts de voler à la religion sa fonction sacrée, affirme Joann Sfar. « Le goût de Dalí pour le Christ est proprement confiscatoire. […] Dieu est un sujet trop grave pour le laisser aux seuls religieux. » Aussi s’en empare-t-il, à sa manière. Il exhume aussi la collaboration entre Salvador Dalí et Elsa Schiaparelli, tous deux figurant parmi les premiers à travailler l’un avec des stylistes, l’autre avec des artistes. Mentionnons seulement leur fameuse robe homard, où le rouge animal se manifeste, à juste hauteur, sur la blancheur virginale. Pour faire écho aux dessins de Joann Sfar, sont ainsi exposés un Christ de Dalí et des robes de Schiaparelli.

Joann Sfar, Girafe en feu (2016)
Joann Sfar, Girafe en feu

Hors les œuvres en tant que telles, l’exposition doit beaucoup, si ce n’est tout, à la scénographie. Le plat et le noir et blanc des crayonnés de Sfar contrastent avec quelques volumes et les couleurs des œuvres de Dalí, couleurs que l’on retrouve toutefois dans la bande dessinée Fin de la parenthèse. Les planches originales ont été composées sur les murs, certaines agrandies, évitant toute lassitude et permettant l’immersion dans des mondes follement imaginaires. Avec ces deux mêmes préoccupations à l’esprit, Olivier Daviaud, qui a composé les musiques des films de Joann Sfar, a créé pour l’occasion une bande sonore de plus d’une heure. Tout convie ainsi le visiteur à se laisser envoûter par les charmes artistiques d’un imparable duo Dalí-Sfar… ou Sfar-Dalí.

« Joann Sfar, Salvador Dalí, une seconde avant l’éveil », du 9 septembre 2016 au 31 mars 2017, tous les jours de 10h à 18h30, nocturnes jusqu’à 21h les derniers mercredis du mois, Espace Dalí, 11 rue Poulbot, 75018 Paris, 01 42 64 40 10, 11/8/7 €.

Joann Sfar, Fin de la parenthèse, Paris, Éditions Rue de Sèvres, 2016.

Biskra, d’hier à aujourd’hui

L’exposition sur l’oasis algérienne de Biskra présentée à l’Institut du monde arabe se révèle bien plus riche qu’elle ne le laisse supposer a priori. Quelles en sont les différentes visites possibles ?

Anonyme, Intérieur arabe à Biskra (1890)
Anonyme, Intérieur arabe à Biskra (1890)
(Collection Gilles Dupont)

Découvrir Biskra. La ville se situe à la lisière du Sahara, au sud du massif de l’Aurès. En 1844, elle est occupée par les militaires français qui y construisent un fort six ans plus tard. La place forte devient peu à peu une ville coloniale, avec certes un cercle militaire, mais aussi une église, un hôtel, un jardin à la française… Avec l’établissement d’une liaison ferroviaire entre Alger et Biskra en 1888, le tourisme se développe. Vers 1910, l’oasis constitue une villégiature hivernale de luxe qui assure aux touristes, principalement anglais, allemands et américains, hivers doux, dépaysement, soins aux sources thermales et loisirs (casino, promenades, excursions, courses hippiques, etc.). Le tourisme décline après 1930 et connaît un nouvel essor après l’indépendance en 1962. L’exposition permet de découvrir Biskra non seulement à travers son urbanisme et son architecture, des photographies et des films documentaires, les enregistrements sonores du compositeur et ethnomusicologue Béla Bartók, mais également par le regard et les représentations d’artistes.

Maurice Denis, Le Caravansérail (1921)
Maurice Denis, Le Caravansérail (1921)
(Musée Maurice Denis/Yves Tribes)

Exprimer Biskra. À l’origine de l’exposition se trouve un tableau, inspirant, inspiré : Nu bleu, souvenir de Biskra qu’Henri Matisse peint à son retour de l’oasis en 1907. Est aussi présenté Une rue à Biskra, seul tableau qu’il ait réalisé lors de son séjour en 1906. « L’oasis de Biskra est très belle. Mais on a bien conscience qu’il faudrait passer plusieurs années dans ces pays pour en tirer quelque chose de neuf et qu’on ne peut pas prendre sa palette et son système et l’appliquer », écrit-il à Henri Manguin le 7 juin 1906. Aux peintres académiques de la fin du 19e siècle, succèdent Maurice Denis, Oskar Kokoschka, Henri Valensi, d’autres, dont des œuvres sont présentées. Biskra servit en outre de décor à des films adaptés de roman : Le Jardin d’Allah de Robert Hichens paru en 1904 et Le Cheik d’Édith Mandes Hull publié en 1919. Sans oublier les pages qu’y consacra André Gide, notamment dans L’Immoraliste de 1902.

Yvonne Kleiss Herzig, Danseuses Ouled Naïls (1935)
Yvonne Kleiss Herzig, Danseuses Ouled Naïls (1935)
(Collection Salim Becha)

Rencontrer Biskra. Qu’ils soient artistes, écrivains ou compositeurs, opérateurs pour les sociétés Lumière ou Pathé, acteurs, militaires, hôteliers, leur rapport à l’oasis, à ses habitants, à son environnement naturel, interroge. L’exposition privilégie leur regard au détriment de celui des natifs, sans doute pour pouvoir mieux explorer ce premier. Qu’est que rencontrer une culture différente de la sienne dans le contexte si particulier d’une colonie ? Et pour certains Occidentaux, qu’est-ce que vivre dans une société où se mêlent « cultivateurs de palmiers-dattiers, ouvriers et négociants pieds-noirs, dignitaires algériens, militaires français, marchands mozabites, artisans juifs, danseuses Ouled-Naïls, travailleurs et musiciens sub-sahariens, Bédouins du Sahara », pour reprendre l’esquisse du commissaire de l’exposition Roger Benjamin ? Architectes, urbanistes, historiens, sociologues, ethnologues ne seront jamais trop pour répondre à ces questions.

Couverture de l'ouvrage de Colette Zytnicki
Couverture de l’ouvrage de Colette Zytnicki

Voir évoluer Biskra. Des dessins et aquarelles d’Eugène Fromentin réalisés en 1848 aux œuvres contemporaines de Slimane Becha et Noureddine Tabhra, des chansons chaouia et ensembles de mezoued aux raï et hip-hop, l’exposition s’efforce, à chaque étape de son parcours, d’évoquer Biskra d’hier à aujourd’hui. Ainsi ne livre-t-elle pas une image figée, passée et unilatérale de l’oasis, mais invite-t-elle au voyage. À cet égard, pour mieux connaître le tourisme tel qu’il s’est développé à Biskra et, plus largement, dans toute l’Algérie, l’ouvrage de Colette Zytnicki intitulé L’Algérie, terre de tourisme (Éditions Vendémiaire, 2016) constitue une précieuse entrée, comme une manière agréable de prolonger l’exposition.

« Biskra, sortilèges d’une oasis », du 23 septembre 2016 au 23 janvier 2017, du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés jusqu’à 19h, Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés-Saint-Bernard, place Mohammed V, 75005 Paris, 01 40 51 38 38, 5/3 €, entrée libre le 1er octobre de 19h à minuit (dernière entrée à 23h).

Dans le cadre de l’exposition : Hommage à Djelloul Soudani, avec Camel Zekri et l’ensemble chekwa de Biskra, 13 janvier 2017 à 20h, 22/18/12 €.

Signalons l’entrée libre aux cinés-débats et aux conférences du jeudi 18h30. Parmi les prochaines rencontres : « Amour chrétien et amour musulman », 29 septembre ; « Les Trois piliers de l’islam : lecture anthropologique du Coran », 6 octobre ; « Liban : écrire et représenter le corps et la sexualité », 13 octobre ; « Comprendre l’islam politique », 20 octobre.

Rare, ou le mariage de l’art et de la littérature

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Jusqu’au 24 septembre seulement, à l’excellente galerie Éric Dupont, il est possible de voir une œuvre de Stéphane Zagdanski avant que celle-ci ne s’effeuille. Rare se compose en effet d’un roman autobiographique tiré à deux cents exemplaires et de cent œuvres calligraphiées, aux formats, médiums et supports variés, qui correspondent aux 285 pages du livre et qui peuvent être acquises séparément accompagnées d’un exemplaire du livre. Ainsi l’œuvre sera-t-elle à l’automne à jamais dispersée, à moins qu’une institution ou un collectionneur ne décidât un jour d’en relier les feuilles le temps d’une exposition.

Livres de Stéphane Zagdanski

Stéphane Zagdanski a commis une vingtaine d’essais ou de romans, avant de s’atteler à Rare, récit sur l’écriture, « sur la difficulté d’écrire dans le chaos du monde ». « J’écris pour comprendre le monde et non pour être lu », ose-t-il. Michel de Montaigne n’affirmait-il pas : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément » ? À l’évidence, il est question ici d’un puissant ressort de ce qui s’appelle expression.

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Après avoir longtemps travaillé en secret de crainte qu’on le considérât fou, Stéphane Zagdanski a décidé de rendre publique son roman sous forme non typographique mais manuscrite, car il accorde de l’importance à cette dernière, à raison. Que gagnerait-on en effet à voir disparaître la calligraphie, cet art qui occupe une place centrale dans des cultures arabes ou asiatiques par exemple ? Aussi s’étale l’écriture de Stéphane Zagdanski sur les murs de la galerie, une écriture souvent colorée, mirobolante, qui parfois virevolte comme ses idées.

Rare de Stéphane Zagdanski, du 3 au 24 septembre 2016, Galerie Éric Dupont, 138 rue du Temple, 75003 Paris, 01 44 54 04 14, http://www.eric-dupont.com, info@eric-dupont.com, du mardi au samedi de 11h à 19h, entrée libre.

Duchamp, Apollinaire et le Limousin

La Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (FNAGP) a créé en 2006 la Maison d’art Bernard Anthonioz (MABA) dans le but de promouvoir l’art contemporain. Y sont organisées cinq expositions par an, principalement dans les domaines de la photographie et du graphisme et portant sur des projets expérimentaux.

Jusqu’au 19 juillet 2015, sont présentées des œuvres de l’artiste galloise Bethan Huws, fortement inspirée par l’œuvre de Marcel Duchamp dont elle partage, avec Guillaume Apollinaire également, le goût pour les jeux de mots comme la contrepètrie. Le film Zone, commande publique réalisée en 2013, constitue le cœur de l’exposition. Son titre renvoie au poème liminaire, mais composé en dernier, du recueil Alcools qu’Apollinaire publie en 1913.

Un an auparavant, dans le Jura, lors d’un voyage entre artistes partis visiter la belle-mère de Francis Picabia – soit la mère de Gabrièle Buffet-Picabia –, Guillaume Apollinaire lit pour la première fois Zone, en présence de Marcel Duchamp. Partant de cette anecdote célèbre, Bethan Huws opère de multiples rapprochements entre ces deux figures ainsi que leurs créations. Sans entrer dans les détails de celles-ci, ce qu’elle considérerait comme un écueil, elle procède par associations d’idées, reliant par exemple le poème Les Fenêtres compris dans le recueil Calligrammes (1918) et l’œuvre Fresh Widow (1920), ou le fait que Guillaume Apollinaire soit accusé du vol de La Joconde en 1911 et L.H.O.O.Q. que Marcel Duchamp réalise en 1919, un an après la mort du poète. Notons que pour juger des limites d’un tel exercice et du risque de surinterprétation, il faudrait connaître les deux hommes et leurs productions au moins aussi bien que Bethan Huws…

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Lorsque j’ai découvert cet étang [l’étang des Landes, dans le Limousin], j’ai pensé à Apollinaire et à tous les oiseaux qui habitent sa poésie, particulièrement au poème Zone, dans lequel le vers le plus long décrit une succession d’oiseaux venant du monde entier : d’Afrique (ibis, flamants rose, cigognes), d’Amérique (colibris), de Chine (pihis, oiseau inventé par Apollinaire). (Bethan Huws)

Bethan Huws livre ici la clé de son film Zone, lecture par une voix presque monocorde du long poème d’Apollinaire associée à des images d’oiseaux issues de documentaires animaliers. Ces images correspondent aux espèces, natives ou migratrices, visibles à l’étang des Landes. Elles ont en outre été choisies pour leur qualité. Selon l’artiste galloise, leur haute définition reflète la pureté du poème de Guillaume Apollinaire. Si l’exposition du travail préparatoire, pensé comme un script, peut laisser dubitatif, le film, diffusé au premier étage de la Maison d’art, est plus que convaincant. Cet enchaînement de vers selon un rythme toujours égal, presque lancinant, s’apparente à un long mouvement, au vol des oiseaux, au cheminement du poète qu’Apollinaire met en vers dans Zone, lui qui par ailleurs s’intéressait à l’essor de l’aviation.

L’exposition présente six autres œuvres de Bethan Huws, parmi lesquelles : Untitled (2004-2006) qui reprend le titre d’une peinture de Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier (1912) ; Boat (1983-2015), bateaux non mis à l’eau, réponse à la question « Qu’est-ce que l’art ? » posée dans le cadre d’un exercice académique ; Perroquets (2008), jeu sur le sens des mots qui permet, pour achever la visite, d’admirer le parc arboré de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques.

Bethan Huws, « Zone », Maison d’art Bernard Anthonioz, Nogent-sur-Marne, du 4 juin au 19 juillet 2015, entrée libre.