Etel Adnan : créations et engagements

Etel Adnan, Voyage au mont Tamalpaïs (2008)
Etel Adnan, Voyage au mont Tamalpaïs (2008)
Courtesy Galerie Claude Lemand

Née à Beyrouth d’une mère grecque et d’un père syrien, Etel Adnan a vécu aux États-Unis et au Liban avant de s’installer à Paris. Si elle parle l’anglais, l’arabe, le français, le grec et le turc, elle a publié une quarantaine de livres en anglais et en français qui constituent son œuvre littéraire. Or à celle-ci s’ajoute, outre des réalisations pour le théâtre, une œuvre artistique qui, en dépit d’expositions régulières aux États-Unis, en France et au Liban depuis 1960, n’a été reconnue internationalement qu’à la documenta 13 en 2012. Il s’agit des hasards, des découvertes de la vie, ou d’une vie, celle d’Etel Adnan.

Etel Adnan, Sans titre (2012)
Etel Adnan, Sans titre (2012)
Courtesy collection privée Andrée Sfeir-Semler

Aussi quelle réjouissante et louable idée l’Institut du monde arabe a-t-il eu de consacrer une exposition monographique à ces huiles sur toile, dessins au fusain ou à l’encre de Chine, pastels et aquarelles, leporellos soit « livres-accordéons », pour certains inédits et où se mêlent peinture, sculpture de papier japonais et écriture. Formée à la seule école d’art de la vie, Etel Adnan réalise de petits formats, en une seule séance, dans un atelier qui n’est autre que son bureau d’écrivaine ou sa salle à manger.

Etel Adnan, La Montagne (2014)
Etel Adnan, La Montagne (2014)
Courtesy Galerie Claude Lemand

Nul objet, nul être vivant, pas même sa signature ne troublent des paysages aux couleurs pures, entre abstraction et figuration. À une évocation des peintures de Nicolas de Staël, à la force des lignes et des empâtements au détriment des détails, elle répond : « Je me retrouve dans cette conception, à cette différence près que de Staël fait s’entrechoquer les couleurs et que moi je les pose calmement l’une à côté de l’autre. » Il y a identité entre Etel Adnan et ses œuvres, c’est évident. D’ailleurs, elle ne dit pas autre chose : « Ces montagnes et ces mers sont mon autre visage, le plus durable et le plus constant. » Et, employant le même terme : « Il est probable que, si je n’écrivais pas, ma peinture prendrait un visage différent. » Visage pictural tout en couleurs, visage littéraire composé de guerres, celles d’Algérie, du Vietnam, du Liban.

Etel Adnan, Matinée récréative (2015)
Etel Adnan, Matinée récréative (2015)
Courtesy Galerie Lelong

Dans le premier espace de l’exposition est présenté le manuscrit de son célèbre poème intitulé L’Apocalypse arabe (1980), également lu en anglais par elle-même, en arabe et en français. Avec Beyrouth Express Enfer (1973) et Sitt Marie Rose (1978), il appartient aux écrits les plus engagés d’Etel Adnan en faveur de la paix.

« Que faire pour sortir du cercle de mort qui entoure le Moyen-Orient ? J’ai cru un moment que la solution était révolutionnaire. Mais la guerre civile au Liban m’a convaincue que les guerres font plus ajouter de nouveaux malheurs que résoudre des conflits. J’ai commencé à désirer la paix. La désirer fortement. C’est alors que la question s’est posée : quelle paix ? Que va vouloir dire cette paix ? J’ai compris que cette paix doit vouloir dire : accepter l’autre. L’ennemi qui est devenu au cours du temps réalité et mythe, corps et image. Dans ce cas particulier cela voudra dire aller chez l’autre et le laisser venir, l’accueillir. Ultimement, en faire un ami. »

Les trois espaces suivants sont dédiés à cet « autre visage » d’Etel Adnan. Aux montagnes, thème premier et cardinal de son œuvre, succèdent des paysages urbains, New York, Paris, Beyrouth, et, ultimement, deux tapisseries : Acrobaties printanières (1967-1970/2015) et Matinée récréative (2015). Le parcours de l’exposition reflète-t-il celui d’Etel Adnan ? Celui qu’elle a eu ou qu’elle aurait voulu avoir ? Une chose importe davantage : du fait de son expérience, son langage artistique et littéraire, compréhensible par chacun, touche à l’universel. Ses œuvres sont ainsi de celles que l’on aimerait acquérir, pour elles-mêmes et pour introduire et recevoir chez soi un vécu, une personnalité, à laquelle on associe volontiers les mots de multiculturalisme, de création et d’engagement.

« Etel Adnan. Une grande figure des arts : peinture, poésie, dessin, tapisserie… », du 18 octobre 2016 au 1er janvier 2017, du mardi au vendredi de 10h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h, Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed V, 75005 Paris, 01 40 51 38 38, 5 €/3 €.

« Etel Adnan : le poème visuel », 1er décembre 2016 à 18h30, entrée libre : soirée en présence de l’artiste (table ronde, lectures, concert).

Ismyrne, 6 décembre 2016 à 19h, entrée libre : ciné-débat autour du documentaire sur Etel Adnan réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (2016, 50 minutes).

Auteur : Hélène Bourguignon

Hélène Bourguignon travaille depuis plus de dix ans dans le secteur de l'édition universitaire. Si elle aime son métier, elle apprécie aussi de se changer les idées...

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