Fantômes d’Anatolie

Pascaline Marre, Samandagh, Cilicie, 36°05’N 35°56’E

Jusqu’au 24 juillet 2015 et en résonance avec les commémorations du génocide qui coûta la vie à environ 1,2 million d’Arméniens entre avril 1915 et juillet 1916, la galerie parisienne Binôme présente les photographies que Pascaline Marre a réalisées sur le thème des traces d’Arménie en Anatolie, le pays ayant été partagé entre la Russie et l’Empire ottoman à la fin du 19e siècle.

Aboutissement de dix ans de travail préparatoire et sur le terrain, ces clichés, en couleurs ou en noir et blanc, positifs ou, de manière très pertinente et réussie, négatifs, interrogent la place qu’occupe aujourd’hui le génocide dans les mémoires, alors même que le gouvernement turc ne l’a, à ce jour, pas reconnu en tant que tel.

Cependant, Pascaline Marre ne documente pas un passé, elle œuvre en photographe, offre un regard particulier et singulier, plein de vie et d’espoir.

Pascaline Marre, Ani, église Surp Pirgiç, 40°30’26’’N 43°34’36’’E
Pascaline Marre, Ani, église Surp Pirgiç, 40°30’26’’N 43°34’36’’E (courtesy Galerie Binôme)

 

« L’église Saint-Sauveur s’élance vers le ciel, traçant une verticale dans ce paysage lunaire d’Ani, capitale du royaume d’Arménie. Datant du 11e siècle, cette église fut construite à la demande du prince Ablgharid Pahlavide, afin d’y déposer une relique de la “vraie croix” ramenée de Constantinople. Son plan circulaire composé de douze colonnes sur sa façade extérieure, en fait un bâtiment unique. »

 

 

 

 

Pascaline Marre, Samandagh, Cilicie, 36°05’N 35°56’E
Pascaline Marre, Samandagh, Cilicie, 36°05’N 35°56’E (courtesy Galerie Binôme)

 

« Le génocide arménien planifié par le gouvernement Jeunes Turcs a été d’une telle efficacité qu’il était impossible à la population arménienne de s’organiser et de résister. Il y eut cependant des mouvements de révolte, à l’image du siège de Van, grâce à l’appui de l’armée russe, et la révolte du Musa Dagh (Mont Moïse) en Cilicie, fameuse pour avoir connu un destin épique, grâce au sauvetage in extremis de quatre mille personne par la marine française postée au large, sous les ordres de l’amiral Gabriel Darrieus. »

 

 

 

De ce travail nourri de nombreuses rencontres et lectures, résultent non seulement plusieurs expositions, mais aussi un film ainsi qu’un ouvrage, Fantômes d’Anatolie, pour lequel Pascaline Marre s’est mise à l’écriture, la nuit. Notons en passant que ses mots, couchés sur le papier, sont à la fois textes et images, puisque la photographe a mis en espace chacune des lettres noires et expérimenté la typographie.

Pour réaliser cette œuvre multiple et ô combien admirable, Pascaline Marre est ainsi partie à la recherche moins d’une approche plasticienne ou d’une technique inédite que d’une chose bien difficile à saisir, l’émotion.

Pascaline Marre, « ArméniÉe », du 12 juin au 24 juillet 2015, Galerie Binôme, entrée libre ; Pascaline Marre, Fantôme d’Anatolie : regard sur le génocide arménien, photographies et textes de Pascaline Marre, introduction d’Anouche Kunth, Paris, Escourbiac, 2015, 45 €.

Outre les nombreux livres qui paraissent sur le génocide arménien, se tient à quelques rues de la galerie Binôme, au Mémorial de la Shoah, l’exposition « Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman », du 3 avril au 27 septembre 2015, entrée libre.

Auteur : Hélène Bourguignon

Hélène Bourguignon travaille depuis plus de dix ans dans le secteur de l'édition universitaire. Si elle aime son métier, elle apprécie aussi de se changer les idées...

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