Femmes au Panthéon

Photographies de Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1945) et de Germaine Tillion (1972)

En mai 2015, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay, quatre figures de la Résistance entreront au Panthéon. Notons qu’à ce jour seules deux femmes, deux scientifiques, Sophie Berthelot et Marie Curie, ont été inhumées sur la montagne Sainte-Geneviève, ce qui est peu comparé au soixante-neuf hommes et ce qui incite à souligner une décision soucieuse de parité.

Couverture du cd audio "Les Femmes au Panthéon"Outre les nombreux livres parus ou à paraître, nous signalons deux expositions, « Quatre résistants au Panthéon », du 6 mai au 24 juillet 2015, aux Archives nationales à Peyrefitte-sur-Seine, entrée libre, et « Les armes de l’esprit : Germaine Tillion, 1939-1945 », du 26 mai au 20 septembre 2015, à la Citadelle de Besançon, avant d’aborder ce qui constitue le cœur de ce billet : le cd audio Les Femmes au Panthéon : Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, conçu par l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et les éditions Radio France.

Photographie d'André Malraux, discours en hommage à Jean Moulin au Panthéon, le 19 décembre 1964.
André Malraux, discours en hommage à Jean Moulin au Panthéon, le 19 décembre 1964.
© Bernard Allemane/INA, 1964.

Pour marquer ces entrées au Panthéon, ont été réunis en un cd cinq entretiens que Geneviève de Gaulle-Anthonioz (1920-2002), la nièce du général, a accordé à Ludovic Sellier en février 1995 dans l’émission « À voix nue » de France Culture, cinq entretiens que l’ethnologue Germaine Tillion (1907-2008) a accordé à Jean Lacouture en janvier 1997 dans la même émission, auxquels s’ajoutent deux discours d’André Malraux, celui prononcé en 1975 à l’occasion du trentième anniversaire de la libération des camps à Chartres, et celui, certainement l’un des plus exceptionnels de l’histoire (à entendre comme à voir), en hommage à Jean Moulin lors du transfert des cendres de ce dernier en 1964. Les cinq heures d’écoute proposées paraissent fort courtes tellement elles sont emplies de connaissances sur l’histoire du 20e siècle, d’expérience, d’humanité et d’émotion.

 

Photographie de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, le 19 juin 1945, quelques semaines après son retour des camps.
Geneviève de Gaulle-Anthonioz, le 19 juin 1945, quelques semaines après son retour des camps. © Rue des Archives

La montée des extrêmes dans l’entre-deux-guerres, l’engagement, la fraternité, la trahison, la peur sont tour à tour évoqués par les deux femmes. Pourquoi s’engage-t-on à vingt ans dans la Résistance ? Geneviève de Gaulle Anthonioz, une fois encore, se pose la question et, une fois encore, échoue à y répondre. Elle insiste sur la distinction entre être battu et être torturé. Elle cite Georges Bernanos : « L’honneur est un instinct comme l’amour. » Elle s’interroge sur le témoignage, sur ce que l’on veut ou peut dire, concluant que l’expérience humaine comporte une part d’intransmissible.

Photographie de Germaine Tillion en 1972
Germaine Tillion en 1972. © Louis Monier

Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion ont toutes deux appartenu au réseau résistant du Musée de l’Homme, été trahies, arrêtées par la Gestapo, déportées à Ravensbrück et libérées en avril 1945. Après la guerre, elles continuent de s’engager, la première contre la pauvreté dans le monde, la seconde pour l’éducation de la population algérienne qu’elle a appris à connaître au cours de ses missions d’ethnologue. La Résistance, la politique, l’Algérie : elles parlent avec précaution du général de Gaulle, dont le rôle, à l’évidence, doit continuer d’être étudié pour éviter idolâtrie ou détestation.

Quels que soient les moments de leur parcours évoqués, une humilité, une simplicité, une force se dégagent du témoignage des deux femmes et, peut-être plus surprenant après avoir vécu l’expérience concentrationnaire, une foi en humanité, en chaque être humain.

Aussi voici quelques citations.

En fait, quand j’ai été arrêtée, c’est très curieux, j’ai eu une espèce de sentiment de soulagement presque, et même de joie intense comme quelqu’un qui arrive à une nouvelle étape. Je me souviens que, dans la voiture cellulaire qui me ramenait dans la prison de Fresnes après être passée par la rue des Saussaies, j’ai chanté L’Hymne à la joie, enfin, la neuvième symphonie de Beethoven qui comprend quelques paroles qu’on appelle L’Hymne à la joie. Joie énorme, joie terrible du sacrifice total. Tout à coup, quand on est devant une exécution capitale, cela peut, paraît-il, arriver.

Vous n’êtes pas fatiguée, jamais. Vous n’êtes pas usée de ces visages fatigués, malheureux ? Non, non, je suis vieille alors, évidemment, quand on est vieux, on a moins de force, du moins, moins de force physique, mais non, non, tant que je pourrai faire encore quelque chose, je n’accepterai pas d’être fatiguée. En tout cas, je ferai comme si je ne l’étais pas.

Les gens qui s’engagent à fond sont toujours minoritaires. Mais ils sont portés par un courant.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz

J’ai reconnu naturellement les visages de tous les accusés et… Je dois dire que j’ai même eu… Il m’est arrivé d’avoir pitié d’eux. Cette pitié était fondée sur un chagrin de leur part, sur… ? Non, non, elle était fondée sur le fait que je les ai vus essayer de correspondre avec des gens dans la salle et, à ce moment-là, en quelque sorte, je les ai vus non plus comme des tortionnaires mais comme des prisonniers, et qu’à partir du moment où je les voyais comme des prisonniers, je ne pouvais pas ne pas avoir un mouvement de pitié.

Germaine Tillion au procès de Hambourg

Les Femmes au Panthéon : Geneviève de Gaulle-Anthonioz – Germaine Tillion, Paris, INA/Radio France, « Les grandes heures », 2015, 19,80 €.

Auteur/autrice : Hélène Bourguignon

Après avoir publié régulièrement des billets pendant quatre ans, Hélène Bourguignon a cessé son activité de blogueuse.

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