« Hodler fait du bruit, on le discute, on l’attaque, il exaspère »

Couverture du livre "Ferdinand Hodler : écrits esthétiques"Conçu par Diana Blome et Niklaus Manuel Güdel, Ferdinand Hodler : écrits esthétiques fait partie des maîtres-livres. Le contenu, comme la forme, est exemplaire. Il prouve que l’érudition peut être agréable et à la portée d’un grand nombre. Sur la couverture cartonnée blanche, cousue, a été reproduite une étude de 1886 pour l’autoportrait L’Historien, en crayon de graphite, encre de Chine, avec des rehauts de gouache blanche et rose sur papier brun. Le titre s’annonce en bleu, les noms des auteurs et des éditions en noir. Blanc, bleu et noir guideront le lecteur dans son exploration, par exemple en distinguant avec cette constante élégance les sources manuscrites de leur exégèse.

Notes de Ferdinand Hodler sur le symbolisme
Première page du cahier Wertheimer, contenant des notes de Ferdinand Hodler sur le symbolisme dans l’art (1882-1883).

Le livre rassemble les divers textes à caractère esthétique rédigés par l’artiste suisse, des « Dix commandements du peintre F. Hodler » de 1874 à d’ultimes pensées datant de 1917. Chaque note de cours, résumé d’ouvrage ou réflexion personnelle fait l’objet d’une explication historique et esthétique claire, précise, qui évite toute surinterprétation ou tout métatexte inutilement conceptuel. En regard de ces écrits et commentaires sont publiés les originaux en allemand, et sont reproduits à la fois les fac-similés des manuscrits, qu’ils soient feuilles volantes, carnets de croquis ou d’écolier, et, surtout, les nombreuses œuvres plastiques évoquées, l’ensemble permettant de se plonger dans l’univers du peintre. Enfin, une solide introduction sur son éducation artistique, des index, une bibliographie accompagnent, aident ou invitent à prolonger la lecture.

« L’art, c’est le geste de la beauté. Platon donne cette définition : “le beau est la splendeur du vrai”, ce qui veut dire que nous devons ouvrir les yeux et regarder la nature. »

Parmi les écrits esthétiques de Ferdinand Hodler, on relève des notes sur ses artistes préférés, des maîtres anciens, tels Albrecht Dürer et les primitifs italiens, ou des peintres modernes tel Gustav Klimt, ainsi que des considérations sur l’art, et sur son art. Ces dernières permettent, outre de constater qu’il se prévaut à tort d’être « le premier théoricien […] des formes parallèles » (p. 194), de comprendre les ruptures et les continuités qui marquent son œuvre – comme le passage du réel à l’idéel, du naturalisme au symbolisme, ou encore la disparition des figures humaines de ses paysages – et d’identifier les influences mutuelles entre ses pensées esthétiques et ses créations picturales. Ferdinand Hodler s’exprime aussi bien sur « la mission de l’artiste » (p. 167) ou sur l’émotion comme « une des premières causes déterminant un peintre à créer une œuvre » (p. 168) que sur les mesures, les contours, les couleurs et leurs rapports.

Gottlieb Wenger, Ferdinand Hodler dans son atelier (1906)
Gottlieb Wenger, Ferdinand Hodler dans son atelier, 1906.

« Hodler fait du bruit, on le discute, on l’attaque, il exaspère, mais c’est un artiste puissant. Il est mythique et réaliste » (p. 97), affirme en 1885 Louis Duchosal, écrivain symboliste et critique d’art qui devient l’un des fidèles soutiens du peintre. Si Ferdinand Hodler s’affirme peu à peu, et non sans mal, comme un artiste de renommée internationale, il meurt au faîte d’un succès : du 14 juin au 15 août 1917, le Kunsthaus de Zurich présente une exposition de plus de six cents de ses œuvres. Aujourd’hui, la qualité de sa peinture et l’intérêt de ses écrits justifient le travail d’édition entrepris par les Archives Jura Brüschweiler (1927-2013), du nom de l’historien de l’art à l’origine du fonds. À l’issue de cette plaisante et stimulante lecture, il reste à remercier les mécènes publics ou privés, institutions ou particuliers, qui, en finançant Ferdinand Hodler : écrits esthétiques, ont rendu accessibles ces documents.

Diana Blome et Niklaus Manuel Güdel, Ferdinand Hodler : écrits esthétiques, Genève, Éditions Notari, « Hodleriana », 2017.

Expositions à venir :

« Ferdinand Hodler : affinités électives de Klimt à Schiele », Leopold Museum (Vienne), du 13 octobre 2017 au 22 janvier 2018.

« Hodler et le Léman : chefs-d’œuvre de collections privées suisses », Musée d’art de Pully (Vaud), du 15 mars au 3 juin 2018.

« Ferdinand Hodler dans les Archives Jura Brüschweiler », Fondation Martin Bodmer (Cologny/Genève), du 21 septembre 2018 au 17 mars 2019, et Musée jurassien d’art et d’histoire (Delémont), courant 2019.

Auteur : Hélène Bourguignon

Hélène Bourguignon travaille depuis plus de dix ans dans le secteur de l’édition universitaire. Si elle aime son métier, elle apprécie aussi de se changer les idées…

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