Le sujet, c’est vous !

Photographie de la devanture de l'Atelier de la photo

 

Au cœur du Marais, et bientôt dans plusieurs villes en France et à l’étranger, Greg Machet nous accueille avec sympathie… pour nous sublimer. Dans un monde où les critiques négatives sont plus fréquentes que les éloges ou les remerciements, les photographes qui manient l’art du portrait se révèlent de précieux compagnons.

 

 

 

 

Portrait photographique d'une fillette réalisé par Greg Machet

Pour s’en rendre compte, il suffit de pousser la porte de l’Atelier de la photo, de se refaire une beauté et, après avoir fait connaissance avec Greg Machet, d’entamer une séance de photographie. À l’issue de celle-ci, libre à chacun de choisir ou non l’un des trois portraits noir et blanc qu’il a sélectionnés et de le faire tirer dans l’un ou l’autre format proposé. De cette expérience du studio que Greg Machet s’attache à rendre accessible au plus grand nombre, on ressort avec une conviction évidente : regardé et photographié avec bienveillance, chacun devient plus beau.

 

 

 

Portrait réalisé par Thibault de Puyfontaine sur plaque de verre

 

 

Invité par Little Big Galerie à l’approche des fêtes de fin d’année, Thibault de Puyfontaine, quant à lui, remet au goût du jour un ancien procédé photographique : le collodion humide, également appelé ambrotype, sur plaque de verre. De quoi découvrir une autre facette de sa personnalité…

 

 

L’Atelier de la photo, 5 rue des Ecouffres, 75004 Paris, du mardi au dimanche, de 11h à 19h, sans rendez-vous, 09 81 25 73 58, latelierdelaphoto@gmail.com. Portraits de 20 cm x 30 cm (45 €) à 50 cm x 60 cm (85 €), autres prestations photographiques sur devis.

Little Big Galerie, 45 rue Lepic, 75018 Paris, 01 42 52 29 81 25, 29 et 30 novembre 10h-20h, sur inscription à littlebiggalerie@beall.fr, prévoir 20 à 30 minutes par séance, 13 cm x 18 cm (120 €).

Duchamp par Hamilton

Couverture du DVD : Pascal Goblot, Richard Hamilton dans le reflet de Marcel Duchamp (Après éditions, 2014).Voici une belle découverte à partager, celle des éditions Après, dédiées à « la création contemporaine à l’œuvre ». Le catalogue de cette maison de production comprend des livres-DVD sur les réalisations de Daniel Buren, Tadashi Kawamata ou encore Fabrice Hyber, des conférences-débats comme entre l’architecte Claude Parent et le philosophe Paul Virilio, des panoramas de la création contemporaine dans des domaines aussi variés que la danse, la musique et le design. Les collections sont clairement définies, les réalisations soignées, ce qui invite à offrir « tiré à part » ou édition limitée.

 

Parmi les dernières parutions et en parallèle de l’exposition « Marcel Duchamp – La peinture, même » qui se tient au Centre Georges Pompidou, le film de Pascal Goblot, Richard Hamilton dans le reflet de Marcel Duchamp, retrace les liens qui unissent le père du pop art, auteur du célèbre collage Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing ? (Qu’est-ce qui rend exactement les maisons d’aujourd’hui si différentes, si séduisantes ?, 1956), au créateur du non moins fameux ready made Fontaine, dit l’urinoir (1917). À l’origine de la relation entre les deux artistes se trouve une œuvre de Marcel Duchamp : La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, également appelée Le Grand Verre, aujourd’hui conservée au musée d’Art de Philadelphie.

Le film met en scène Richard Hamilton racontant comment il a découvert cette œuvre et comment il a été conduit à en réaliser une copie pour une exposition à la Tate Gallery de Londres. Si Marcel Duchamp n’a jamais livré d’explications sur Le Grand Verre, préférant laisser les autres en parler à sa place, il a légué une sorte de carton à archives, désignée sous le nom de boîte verte. Celles-ci comprend des documents, allant de simples notes à des schémas avec cotes et mesures. Malgré leur existence, l’œuvre demeure toutefois énigmatique.

Il est difficile d’évoquer Marcel Duchamp sans aborder les questions que soulève habituellement l’art contemporain, et la première d’entre elles : comment définir une œuvre d’art ?

« Je suppose que, pour moi, une œuvre d’art c’est ce qu’un artiste crée, dit Richard Hamilton. Et si je me considère comme un artiste, ce que je fais, ce sont des œuvres. »

Comme Hamilton en convient lui-même au cours d’un entretien avec Pascal Goblot, sa réponse ne convainc guère. Pourtant, il existe bien une définition de l’œuvre littéraire ou artistique, celle de l’homme de loi. Juge ou avocat la définissent avant tout par son caractère original. Qu’en est-il des idées de Duchamp sur l’art et de son ready made, « objet usuel promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste ».

« Et même le choix, qui est l’enjeu de choisir l’objet que vous voulez faire, n’est pas nécessaire, dit Duchamp. En d’autres termes, cela devrait être complètement impersonnel. Car si vous y introduisez le choix ou l’idée du choix, cela veut dire que vous introduisez votre goût. Et si vous introduisez votre goût, vous revenez aux vieux idéaux du goût, le bon et le mauvais goût, et le goût sans intérêt. Le goût est le grand ennemi de l’Art. »

Les réflexions de Marcel Duchamp ont suscité bien des débats qui agitent aujourd’hui encore l’art contemporain. Certains considèrent par exemple que seuls ceux maniant pinceau ou burin peuvent être qualifiés d’artistes, définition qui ne fait évidemment pas l’unanimité à l’heure où s’ouvre l’exposition « Jeff Koons, la rétrospective » au Centre Georges Pompidou. Aux questions sur l’artiste et son œuvre, s’ajoutent celles relatives au rapport entre l’œuvre et son spectateur. Ainsi, pour d’autres, l’œuvre d’art n’existe en tant que telle qu’à partir du moment où elle est vue. On comprend dès lors mieux pourquoi le choix des pièces à intégrer aux collections nationales est régulièrement critiqué.

Ainsi Pascal Goblot propose-t-il non seulement une histoire du Grand Verre par Richard Hamilton, mais également des éléments permettant d’alimenter la réflexion de chacun sur l’art contemporain. Parmi toutes les interrogations que celui-ci soulève, résident au moins deux certitudes : il faut se méfier de la culture de l’œil, de son éventuel formatage, qui conduit à préférer le déjà-vu, et avoir confiance en son esprit critique qui préserve des dérives auxquels peut conduire le conformisme.

Pascal Goblot, Richard Hamilton dans le reflet de Marcel Duchamp, Paris, Après éditions, 2014, DVD + Bonus, livret, 20 €.

« Marcel Duchamp – La peinture, même »,  du 24 septembre 2014 au 5 janvier 2015, « Jeff Koons, la rétrospective », du 26 novembre 2014 au 27 avril 2015, Centre Georges Pompidou.

 

Dépêche : Renchérissez !

Depuis douze ans, l’Unicef France organise une vente aux enchères visant à financer des campagnes de vaccination au Darfour. Dans cette région du Soudan, en proie à la guerre civile depuis de nombreuses années, les mouvements de population favorisent la résurgence d’épidémies évitables comme celles de rougeole, de coqueluche et de diphtérie.

L’édition 2014 des « Frimousses de créateurs » a pour thème l’opéra. Des artistes, des stylistes et des artisans d’art ont conçu des poupées inspirées de personnages de La Flûte enchantée, de La Traviata ou de L’Élixir d’amour. Seront également mises en vente le 24 novembre des poupées réalisées par une classe de cours élémentaire ainsi sensibilisée aux actions de l’Unicef, plusieurs œuvres contemporaines, dont de splendides photographies de danseuses telles Marie Agnès Gillot et Agnès Letestu, ainsi que bien d’autres lots à découvrir sur le site Internet dédié à la manifestation ou, sur place, au Théâtre du Châtelet dans une scénographie de Frédéric Fontan. C’est d’ailleurs l’occasion, pour les Parisiens, d’admirer une très belle vue de la capitale.

L’édition 2013 avait permis de réunir 185 000 €. Alors, renchérissez !

Exposition « Frimousses de créateurs », Théâtre du Châtelet, jusqu’au 23 novembre 2014, entrée libre. Vente aux enchères, au Théâtre du Châtelet ou sur Internet, le lundi 24 novembre 2014.

Sacrés caractères

Visuel de la websérie "Sacrés caractères" (2014)
Visuel de la websérie « Sacrés caractères » (2014)

Times New Roman, Garamond, Cambria, Arial : nous côtoyons et utilisons tous les jours des caractères typographiques sans nécessairement connaître leur histoire, pourtant si riche. À travers une websérie de douze films portant sur douze caractères, Thomas Sipp et Serge Elissalde retracent leurs origines et leurs évolutions, présentent leur créateur. C’est vif, drôle ou grave, et toujours inattendu.

Le premier épisode est à découvrir dès aujourd’hui. Proche des avant-gardes allemandes des années 1920, Paul Friedrich August Renner (1878-1956) créa le caractère Futura en 1928. Moderne et fonctionnel, il fut rejeté par les nazis qui lui préférèrent les lettres gothiques, selon eux plus germaniques, moins cosmopolites. Après la guerre, Futura fut utilisé par l’ONU et, en juillet 1969, pour laisser sur la lune un message à d’éventuels extraterrestres. Tissot, Louis Vuitton, Citroën, UHU, Red bull, Pay Pal et Canal+, entre autres, l’ont adopté.

Pour le second épisode de la série, il faut patienter jusqu’au 20 novembre 2014. L’ensemble de la série sera en ligne le 27 novembre. Le même jour et en préambule au « 24h autour du livre » qui aura lieu le lendemain, France Culture proposera, sur le thème de la typographie, un documentaire à 17h et un atelier de la création à 23h. N’hésitez pas, c’est épatant !

Talents contemporains

Photographie de Rahshia Linendoll-Sawyer, We Are Not Made of Wood (2012)
© Rahshia Linendoll-Sawyer, We Are Not Made of Wood (2012)

La Fondation Schneider, créée par François Schneider en 2000, s’est donné deux missions : aider les lycéens en situation sociale difficile et, dans le domaine de l’art contemporain, faire découvrir des talents inconnus et rapprocher le public des œuvres contemporaines. À cette fin, a été instauré un concours annuel qui distingue six catégories (dessin, installation, peinture, photographie, sculpture, vidéo) et porte sur le thème de l’eau. Le fait que la Fondation se situe à Wattwiller, ville du Haut-Rhin réputée pour ses eaux minérales, a-t-il orienté ce choix ? Quoiqu’il en soit, la Fondation nous convie jusqu’au 28 décembre 2014, à découvrir les lauréats de la seconde édition, celle de 2012.

Photographie de l'oeuvre de Valère Costes, Karstic Story (2012)
© Valère Costes, Karstic Story (2012)

L’eau est évoquée, représentée, fait partie du processus de création ou encore de l’œuvre. Par exemple, l’artiste Valère Costes, qui s’intéresse aux relations entre l’être humain et la nature et qui s’inspire de techniques scientifiques, présente Karstic Story et Dark Rain. Dans la première œuvre, il reconstitue, avec de l’eau, du plâtre et du sable, le processus de formation de stalactites. Dans la seconde, le passage du visiteur à côté de l’œuvre provoque une pluie ascendante.

Photographie de l'oeuvre de Valère Costes, Dark Rain (2012)
© Valère Costes, Dark Rain (2012)

The Cut de Jessie Brennan, Les Ruisselantes de Nour Awada ou encore Murs de Mehdi Meddaci : dans son écrin boisé, la Fondation Schneider invite à bien des découvertes…

« Talents contemporains », Fondation Schneider, jusqu’au 28 décembre 2014.

Photographier l’habitat

Voici un projet comme on aimerait en découvrir plus souvent : au centre, la photographe Hortense Soichet, à ses côtés, un éditeur, un commissaire d’exposition, un administrateur de résidence d’artistes, réunis pour valoriser une photographie inhabituelle de l’architecture.

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Hortense Soichet s’intéresse depuis plusieurs années à la relation que chacun entretient avec son habitat. Elle écoute et enregistre des récits, elle photographie. Sans doute afin d’éviter une certaine redondance entre le son et l’image, les occupants des logements photographiés sont absents de ses clichés. L’œil peut ainsi se concentrer sur ces intérieurs et leur environnement immédiat (jardin, garage, etc.). Hortense Soichet non seulement tient là une idée, mais possède également les talents, de photographe comme d’anthropologue, pour la réaliser.

 

 

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Hortense Soichet conçoit ses projets par territoire. Qu’il s’agisse de zones urbaines ou périurbaines, de zones rurales, celles-ci ont en commun d’être en cours de mutation. Son « terrain » un fois choisi, elle rencontre les acteurs locaux qui la mettent en contact avec les habitants. Son travail révèle la diversité des foyers au sein d’un même territoire et d’un territoire à l’autre, et ce au-delà des oppositions entre logement choisi et attribué, maison individuelle et appartement, espace vaste et exigu. En proposant des récits singuliers et une image originale de ces domiciles, elle remet en cause bien des idées reçues, ce qui est fort louable.

 

Photographie d'Hortense Soichet
© Hortense Soichet

Les éditions Créaphis la suivent dans son projet. Après Intérieurs : logements à la Goutte d’or (2011), ont été publiés Aux Fenassiers (2012), consacré à la ville de Colomiers, et Ensembles : habiter un logement social en France (Montreuil, Colomiers, Beauvais, Carcassonne) (2014). Le travail de la photographe a également retenu l’attention d’Audé Mathé, commissaire de l’exposition « Espaces partagés : photographies d’Hortense Soichet » qui se tient du 5 novembre au 8 décembre 2014 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris. Comme en témoigne la rubrique « actualités » de son site Internet, la photographe expose et intervient régulièrement dans différentes villes françaises. Elle fait également étape à La Métive, lieu international de résidence de création artistique situé dans la Creuse, où, loin des rumeurs du monde, lui sont offertes les conditions nécessaires à la poursuite d’un travail qui est aussi une œuvre.

« Espaces partagés : photographies d’Hortense Soichet », du 5 novembre au 8 décembre 2014, Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, entrée libre. Autour de l’exposition : jeudi 13 novembre à 19h, visite de l’exposition avec la photographe ; jeudi 11 décembre à 18h30, à la bibliothèque de la Cité, conversation autour du livre Ensembles, avec Hortense Soichet et Jean-Michel Léger, sociologue de l’habitat.

Quand l’expo vient à vous…

Vous ne pouvez pas vous déplacer ou, tout simplement, vous n’avez guère envie de sortir en raison de la fatigue ou de la grisaille ? Qu’à cela ne tienne, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé prend soin de vous, grâce à une exposition virtuelle intitulée « Secrets de beauté : la cosmétique en France, à la croisée des sciences et des savoirs », qui intéressera petits et grands, amateurs de science, d’histoire, de cosmétique ou de luxe.

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Le propos s’articule autour de la question suivante : comment les progrès des sciences et des technologies ont contribué à bâtir l’industrie cosmétique française d’aujourd’hui, une filière de renommée internationale qui représente environ huit cents entreprises et soixante-dix mille emplois ? L’exposition retrace l’histoire des cosmétiques depuis l’Égypte antique jusqu’aux recherches de pointe les plus récentes en se concentrant sur les 18e-20e siècle. Elle s’appuie sur de nombreux documents et sur une iconographie extrêmement riche et originale. Les liens « en savoir plus » et une bibliographie sélective permettent d’en apprendre encore davantage, et la version en anglais de se (re)mettre à la langue de Shakespeare. Le glossaire est également le bienvenu. Enfin, précision d’importance, la navigation au sein de l’exposition est à la portée de chacun.

À vous faire regretter les journées ternes ?

« Secrets de beauté : la cosmétique en France, à la croisée des sciences et des savoirs », Bibliothèque interuniversitaire de Santé, exposition ouverte tous les jours à toute heure, entrée libre !

Dépêche : Transcaucase 2014

Photographie du Caucase de Frédéric Chaubin
© Frédéric Chaubin

Nous souhaitons vous informer d’une manifestation intitulée « Transcaucase 2014 », qui se déroule ces jours-ci, en plusieurs volets, . Il s’agit de partir à la découverte du Caucase, cette région à cheval sur l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Russie et la Turquie, de plusieurs manières.

Vendredi 14 novembre à 19h30 : concert du quatuor à cordes Arpeggione qui interprétera des œuvres de Piotr Tchaïkovsky, Sergei Aslamazian, Dmitri Chostakovitch et Sulkhan Tsintsadze.

Lundi 17 novembre à 18h : projection du film Le Murmure des ruines (2013) de Liliane de Kermadec, suivi d’un débat en présence de la réalisatrice.

Du 3 au 28 novembre 2014 : exposition de photographies de Frédéric Chaubin.

Il faut remercier la Fondation Calouste Gulbenkian, l’Institut national des langues et des civilisations orientales (Inalco) et l’Observatoire des États post-soviétiques sans lesquels ce programme vraiment prometteur n’aurait pu voir le jour.

Très beau voyage !

Auditorium de l’Inalco, pôle des langues et civilisations, 65 rue des Grands Moulins, 75013 Paris, entrée libre. Pour en savoir plus : http://www.inalco.fr/actualite/transcaucases-2014

Immenses hommages à Jan Hoet

Photographie de l'oeuvre de Kris Martin "Altar" (2014)
Kris Martin, Altar, 2014 (© Kris Martin, photographie Arne Deboosere/Toerisme Oostende)

Au printemps 2013, la Ville d’Ostende invite Jan Hoet à concevoir une exposition sur le thème de la mer. Celui-ci accepte à la condition d’y travailler avec Philippe Van den Bossche, directeur du musée d’art moderne, le Mu.ZEE. À partir de l’été, les réunions se succèdent, d’une journée chaque fois. Elles sont préparées par Melanie Deboutte et Mieke Mels qui effectuent de nombreuses recherches et s’enquièrent des conditions de prêt des œuvres retenues. En février 2014, alors que l’exposition est en cours d’élaboration, « le pape de l’art contemporain » meurt ; une vague se brise, puissante, avant qu’une autre se forme. L’ancien bras droit de Jan Hoet, Hans Martens, rejoint l’équipe du Mu.ZEE et le projet est mené à son terme. Le salut d’honneur à la mer devient ainsi un salut d’honneur à Jan Hoet, et le visiteur est dès l’abord confronté à une toile empreinte d’une inquiétante étrangeté : Boot (2004) de Tim Eitel, semble-t-il inspirée de L’Île des morts (1880-1886) d’Arnold Böcklin. Traversant le fleuve Achéron, Charon conduit les ombres des défunts vers leur dernière demeure. Dans l’antichambre de l’exposition « De Zee » (La mer), le tableau réaliste ne laisse pas indifférent.

Photographie de Jan Hoet (octobre 2013)
© Arne Deboosere / Toerisme Oostende

Abandonnant tôt l’activité artistique et l’enseignement, Jan Hoet (1936-2014) consacre sa vie professionnelle au travail de commissaire d’exposition. En 1986 par exemple, « Chambre d’amis » remporte le prix de l’Exposition européenne de l’année. Le projet, qui consiste notamment à présenter des œuvres chez des particuliers, questionne à nouveau frais l’intérêt et les enjeux d’exposer l’art ailleurs que dans les musées et, plus largement, la relation entre l’œuvre et le lieu. En 1992, le commissaire est nommé directeur artistique de la « Documenta 9 », célèbre exposition d’art contemporain organisée tous les cinq ans à Kassel en Allemagne, et en 1999, il remporte une bataille de plus de vingt ans : le S.M.A.K., premier musée dédié à l’art contemporain en Belgique, ouvre ses portes à Gand. Il doit son existence autant au succès électoral de Jan Hoet aux élections communales qu’à la renommée internationale de celui-ci.

 

« Un musée a l’occasion d’accueillir des confrontations souvent contraires et d’offrir des contradictions. Tel est naturellement mon souhait. Réaliser une exposition claire, pour éventuellement ensuite amener le chaos. Pour tout remettre en question. Pour décoder. Car sinon, tout est simplement célébré. Un musée ne doit pas être dédié à la célébration, un musée doit être un lieu où tout est sans cesse remis en question [1]. »

L’exposition « De Zee » d’Ostende se présente ainsi en deux parties : à l’intérieur du Mu.ZEE et à l’extérieur, dans différents lieux de la ville. Les œuvres se heurtent ou dialoguent non seulement entre elles, mais également avec leur environnement.

Rassemblant environ trois cents œuvres de cent vingt-cinq artistes modernes ou contemporains, cette exposition thématique traite aussi bien de la mer que des plages, des bateaux, des ciel et horizon auxquels elle est associée. « Der Zee » laisse entrevoir la diversité, toute humaine, des représentations artistiques possibles d’un élément naturel qui, hier comme aujourd’hui, exerce une fascination, invite à la réflexion et à la contemplation. L’exposition prend pour point de départ la fin de l’académisme, avec ses marines aux tonalités volontiers dramatiques lorsqu’elles sont tempêtes ou naufrages, et donc le début du réalisme, avec un tableau en particulier.

Reproduction du tableau "La Vague" de Gustave Courbet (1869)
Gustave Courbet, La Vague (1869) (© SABAM Belgique, 2014)

« Il pensait alors plutôt aux œuvres d’art qu’aux métaphores ou illustrations de la mer, rapporte Phillip Van den Bossche en parlant de Jan Hoet. La première œuvre qu’il avait en tête était un tableau d’une vague, mais pas n’importe quelle vague : La Vague (1869) du peintre français Gustave Courbet. Jan Hoet regardait la toile sans histoire, la vague dans toute sa radicalité et c’est ainsi qu’il a élaboré le volet historique de l’exposition. Il cherchait toujours des “moments de crise”, des “œuvres magistrales”, de la Grande Marine (1895) de James Ensor pour sa lumière, à Océanie : la mer (1946-1947) d’Henri Matisse [présente dans la collection du père de Jan Hoet] et La Grande Casserole de moules (1966) de Marcel Broodthaers [2]. »

À côté de La Vague, le visiteur peut admirer Mer montée (2011) de Thierry De Cordier, une huile et émail sur toile où les proportions fort inégales entre le ciel et la mer donnent l’impression à celui qui regarde l’œuvre de faire corps avec l’eau. À quelques pas de là, Three Seascape (1827) de William Turner représente deux fois le ciel et trois fois la mer, et peut ainsi être retourné.

Vue de l'exposition "La mer" au Mu.Zee d'Ostende
© Steven Decroos
Vue de l'exposition "La mer" au Mu.Zee d'Ostende
© Steven Decroos

Charles-François Daubigny, Eugène Boudin, Henri Meunier, Félix Vallotton, Pierre Bonnard, Léon Spilliaert, Pablo Picasso, Nicolas de Staël, Roy Lichtenstein, Daniel Buren, Panamarenko, Marlene Dumas, Wim Delvoye : quels critères ont présidé au choix des artistes, à celui des œuvres outre leur état et leur lieu de conservation (donc le coût de leur transport) ? Quelles sont les œuvres explicitement retenues par Jan Hoet, celles évoquées au détour d’une phrase, celles commandées en son hommage ? Quelles décisions les commissaires auraient-ils pris, à deux, au moment de l’accrochage ? Parce que « Der Zee » est devenue la dernière exposition d’un homme, parce que la mise en rapport des œuvres semble fondée davantage sur des critères subjectifs que stylistiques ou techniques, on regrette de ne pas avoir assisté à l’élaboration du projet, à ces conversations dont un seul des locuteurs demeure. Aussi revient-il à chacun de faire dialoguer, selon ses connaissances mais surtout son esprit critique, son goût et sa sensibilité, les styles et les époques, naturalisme, cubisme, pop art, abstraction, les arts moderne et contemporain, de faire sienne cette rupture avec le parcours chronologique habituellement dévolu au musée, afin d’en sortir.

Parmi la trentaine d’œuvres exposées à l’extérieur, nous en évoquerons deux en particulier, parce qu’elles entretiennent une relation non seulement avec d’autres œuvres mais également avec les lieux dans lesquels elles se situent. À la fin de sa vie, le peintre ostendais James Ensor occupe la maison de son oncle et de sa tante dont il a hérité, au 27 rue de la Flandre. Il fait de l’entresol des pièces à vivre, du salon bleu son atelier, et conserve en l’état la boutique de souvenirs, qu’évoque d’ailleurs Guillaume Bijl dans son œuvre Schelpenwinkel De Zee (2014) exposée au Mu.ZEE.

Photographie de l'oeuvre de Joseph Grigely et Amy Vogel, Hop Frog (2005) dans la maison de James Ensor
Joseph Grigely et Amy Vogel, Hop Frog (2005) dans la maison de James Ensor (© Steven Decroos)

Parmi les poissons, coquillages, perles, jouets, cartes postales, masques et autres babioles toujours conservées au rez-de-chaussée, est présentée Hop Frog (2005) de Joseph Grigely et Amy Vogel. Les artistes proposent une interprétation de la toile d’Ensor intitulée La Vengeance de Hop Frog (1898), elle-même inspirée d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe. Tout au long de sa vie, James Ensor nourrit son attachement à Ostende. Il y peint son autoportrait, l’intérieur de sa maison, des vues de la rue et, bien sûr, la plage, la mer, ce qui justifie la place importante accordée à ses œuvres dans l’exposition.

 

 

« Oui, belles dames et déesses, notre mer d’Ostende, humble et fidèle telle chienne marine, lèche et pourlèche vos pieds légers, elle aboie aussi aux lunes, elle caresse et renforce les mollets douillets molestés par le temps, écrit Ensor. Elle donne fraîcheur en canicule et chaleur au printemps. Elle résume toutes les mers, mer blanche, mer rouge, mer jaune, mer noire, mer des lunes et d’étoiles et trois cent soixante-cinq mille fois l’an quand la lune rit ou quand un nuage passe ou pisse, elle change de robe, de chemise et de tempérament [3]. »

Reproduction du tableau "Model in de duinen" de James Ensor (1882)
James Ensor, Model in de duinen (1882) © SABAM Belgique, 2014

Parce qu’elle rend hommage à Jan Hoet en évoquant sa foi et un des tableaux qu’il admirait, L’Adoration de l’Agneau mystique (1432) des frères Van Eyck, parce qu’elle réunit l’art de la Renaissance à l’art conceptuel, parce qu’elle prend la mer pour cadre comme pour objet, Altar (2014) de Kris Martin est sans doute l’œuvre la plus saisissante de « Der Zee ». Le cadre de métal ancré sur la plage d’Ostende, face à la mer, est une copie exacte du retable conservé à la cathédrale Saint-Bavon de Gand, où, en 2012, Jan Hoet monte une exposition sur le thème de saint Jean, exposition dont Kris Martin est l’un des initiateurs.

Photographie de l'oeuvre de Kris Martin "Altar" (2014)
Kris Martin, Altar, 2014 (© Kris Martin, photographie Arne Deboosere/Toerisme Oostende)

Le parc Leopold où flotte Le Bateau imaginaire (2005) de Franz West et Helmo Zobernig, le cinéma Capitole qui abrite The Arc of Ascent (1992) de Bill Viola, l’Hôtel Albert II, le Thermae Palace : une poésie se dégage d’Ostende, comparable à ces villes balnéaires surannées sinon que l’art, tant moderne que contemporain, s’y est pour un temps immiscé. L’exposition « Der Zee » ne peut voyager sans perdre en sens et en effet. Ostende possède une taille, une morphologie, une personnalité propres, la présence de la mer y est extrêmement marquée. Le front de mer, car c’est un front et non une promenade, accueille des œuvres contemporaines qui ne sont pas nécessairement les plus intéressantes mais dont le rapport au lieu interpelle, agit. Allez à Ostende. Laissez vos pas, vos sens et vos émotions vous guider. Il s’agit d’une expérience artistique unique, de ces moments rares de l’existence dont on ressort augmenté, durablement.

Photographie de Joseph Joseph Kosuth, The Location of Meaning, au Thermae Palace d'Ostende
Joseph Kosuth, The Location of Meaning, au Thermae Palace d’Ostende © Joseph Kosuth, photographie Hélène Bourguignon

Jusqu’au printemps, le chemin vers la mer et vers la « reine des plages » conduit aussi à l’art, et ceux venus pour Paul Cézanne repartiront peut-être avec l’envie de découvrir les photographies de Zoe Leonard, ou inversement. Les plus marqués et les plus convaincus se rendront au S.M.A.K. à Gand, s’ils ne longent pas la côte en direction de Dunkerque, où le Fonds régional d’art contemporain du Nord – Pas-de-Calais rend un hommage sensiblement différent. En tant qu’expert extérieur, Jan Hoet a participé à la constitution de la collection du Frac, qui possède grâce à lui un ensemble considérable d’œuvres d’Arte povera. L’exposition « Latin lovers » est consacrée à ce mouvement. À Dunkerque, comme à Ostende, « c’est la mer allée, avec le soleil [4] »

« La mer, salut d’honneur à Jan Hoet », Ostende, du 23 octobre 2014 au 19 avril 2015, un site Internet est dédié : http://www.dezee-oostende.be/fr ; « Latin Lovers », Frac du Nord – Pas-de-Calais, du 20 septembre 2014 au 29 mars 2015.

Trois publications permettent de mieux apprécier encore l’exposition « Der Zee » : un fascicule intitulé La Mer : salut d’honneur Jan Hoet, Ostende, 23.10.2014-19.4. 2015 est disponible au Mu.ZEE ; La Mer : salut d’honneur à Jan Hoet. Guide de promenade à Ostende, Gand, Borgerhoff & Lamerigts, 2014, 66 p., 7 € (très bien conçu et réalisé, il comprend, outre une biographie de Jan Hoet, des informations pratiques, une carte,  un « parcours » pour les enfants, et des explications concernant les œuvres exposées et les bâtiments historiques de la ville) ; le catalogue de l’exposition : Das Meer, The Sea, La Mer, De Zee : hommage Jan Hoet. Une exposition Jan Hoet & Phillip Van den Bossche, Gand/Ostende, Borgerhoff & Lamberigts/Mu.ZEE, 2014, 320 p., 45 €.

[1] La Mer : salut d’honneur Jan Hoet, Ostende, 23.10.2014-19.4. 2015, fascicule de l’exposition, p. 2.

[2] Phillip Van den Bossche dans La Mer : salut d’honneur Jan Hoet. Guide de promenade à Ostende.

[3] James Ensor, Mes écrits, Liège, Éditions nationales, 1974, cité par Norbert Hostyn, James Ensor : la collection du musée des Beaux-Arts d’Ostende, Gand/ Paris, Ludion/ Flammarion, 1999, p. 18.

[4] Arthur Rimbaud, « L’Éternité… », Vers nouveaux, 1872.

Aux sources de l’heroic fantasy

Image de la bande annonce de l'émission "La Grande Librairie" consacrée au "Trône de fer" de George R. R. Martin.
LGL © 2014

Le jeudi 13 novembre, François Busnel, animateur de l’excellente émission « La Grande Librairie », recevra l’Américain George R. R. Martin, auteur de la saga du Trône de fer. Tous les dimanches, du 30 novembre au 28 décembre, Olivier Simonnet, lui, proposera de découvrir des lieux et des figures qui ont inspiré l’Anglais John R. R. Tolkien, auteur du non moins célèbre Seigneur des anneaux. Un documentaire de Simon Backès diffusé le 3 décembre, « J. R. R. Tolkien, des mots, des mondes », complètera ce cycle. C’est l’occasion de revenir sur deux succès littéraires puis filmiques, sur des histoires ou légendes qui ont influencé un professeur à l’Université d’Oxford ainsi qu’un journaliste, scénariste à Hollywood.

Écrit entre la fin des années 1920 et le début des années 1930, Bilbo le Hobbit paraît en 1937. Le roman obtenant un succès à la fois critique et commercial, l’éditeur de Tolkien, Stanley Unwin, réclame une suite. Le Seigneur des anneaux, fruit de douze ans de travail, est publié en 1954-1955. Les exemplaires vendus se chiffrent à présent en centaines de milliers et les adaptations sont pléthoriques. Le troisième volet du film réalisé par Peter Jackson, Le Hobbit : la bataille des cinq armées, sortira ainsi en salle le 10 décembre. Le premier tome du Trône de fer de George R. R. Martin paraît en 1996. La saga, qui compte aujourd’hui cinq tomes, en comprendra sept, auxquels s’ajoutent des préludes à l’histoire, tels que Le Chevalier errant, L’Épée lige ou, récemment paru, L’Œuf du dragon. Il s’est vendu environ trente millions d’exemplaires du Trône de fer et la série télévisuelle est parmi les plus regardées dans le monde.

Histoires et légendes sont à la source de ces œuvres littéraires, la frontière entre les unes et les autres n’étant d’ailleurs pas toujours facile à définir. Ainsi, les 7 et 14 décembre, John Howe, illustrateur officiel des œuvres de Tolkien et directeur artistique des films de Peter Jackson, comparera Merlin l’enchanteur en sa forêt de Brocéliande et Gandalf, le roi Arthur et Bilbo ou Frodo, les chevaliers de la table ronde et la communauté de l’anneau, la quête du Graal et celle de l’anneau, nous rappelant au passage l’héritage celtique qui rassemble les deux rives de la Manche, et l’universalité, car l’humanité, des contes, mythes et légendes. Comme Tolkien en son temps, Martin ne cache guère ses multiples sources d’inspiration : Le Seigneur des anneaux, à l’évidence, mais aussi Les Rois maudits (1955-1977) de l’académicien Maurice Druon. Le palais des ducs de Bourgogne à Dijon est l’un des cadres du Trône de fer, et la malédiction des templiers ou encore l’affaire de la tour de Nesles, dans laquelle auraient été impliquées les trois belles-filles de Philippe le Bel, influencèrent son auteur. François Busnel et Olivier Simonnet nous invitent donc aussi au voyage à travers des livres, légendes médiévales ou romans contemporains, et dans des contrées françaises ou étrangères.

Au-delà, ces émissions interrogent sur le processus de création, sur l’impossibilité de distinguer précisément le connu, le vécu et l’imaginé d’un auteur, la part de conscient et d’inconscient dans un récit. Si, du fait de son universalité, Le Seigneur des anneaux fut récupéré par des courants idéologiques divers et parfois opposés, nous retiendrons de l’œuvre de Tolkien, atteint de la fièvre des tranchées pendant la Grande Guerre et profondément marqué par le second conflit mondial, l’importance du libre arbitre, des ressources souvent insoupçonnées que chacun possède, et ce Bilbo, ce Frodo, telle femme ou tel homme, qui peu à peu acceptent une destinée à laquelle ils n’aspirent pas nécessairement, et ce pour défendre des valeurs.

« La Grande Librairie », 13 novembre 2014, 20 h 40, France 5. Signalons également la sortie du coffret des Carnets de route de François Busnel, consacrés à des écrivains du Royaume-Uni et d’Irlande, 6 DVD, 34,99 € ; « À la recherche du Hobbit », du 30 novembre au 28 décembre 2014, tous les dimanches à midi, et « J. R. R. Tolkien, des mots, des mondes », 3 décembre 2014, 22 h 20, Arte.

Les œuvres de Maurice Druon, de George R. R. Martin, de John R. R. Tolkien sont disponibles en plusieurs éditions, de même que les histoires et légendes qui les ont inspirées.