Regards sur le vivant

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Le musée de la Chasse et de la Nature situé dans le quartier parisien du Marais a pour vocation de replacer celles-ci dans leurs contextes historique et artistique. Sont notamment présentées des œuvres de Lucas Cranach à Jean-Michel Othoniel en passant par Pierre Paul Rubens, André Derain, Jan Fabre. Plusieurs fois par an, le Musée propose en outre des expositions temporaires qui invitent à poser un regard original sur la nature.

Actuellement, trois œuvres de Lionel Sabatté perturbent la cour de l’hôtel particulier du 17e siècle. Trois œuvres très puissantes qui forcent l’admiration, la contemplation ou la réflexion. La Sélection de parentèle, qui a reçu le prix Drawing Now alors que j’écrivais ces lignes, se compose de trois sculptures interdépendantes : un arbre, un animal, un être humain. Elles sont faites de poussière, de bois morts, d’ongles, de peaux, de matières que d’aucuns préféreraient oublier. Bruts, tels sont ainsi les matériaux comme l’émotion ressentie.

Lionel Sabatté (2017)
Lionel Sabatté (2017)
© HB

Lionel Sabatté travaille depuis plusieurs années sur la transformation du repoussant en œuvres suscitant fascination, poésie. Pour La Sélection de parentèle, il s’est inspiré de la théorie du même nom développée par William Donald Hamilton en 1964 et qui permet d’expliquer l’apparition de comportements altruistes au sein du monde vivant en dépit du processus de sélection naturelle. Selon le biologiste anglais, plus deux êtres vivants sont apparentés, plus ils font preuve d’altruisme l’un à l’égard de l’autre.

Dans l’espace dédié aux expositions temporaires sont accrochés des réalisations du photographe internationalement reconnu Roger Ballen et du dessinateur et sculpteur Hans Lemmen. Proches artistiquement, ceux-ci ont voulu produire une œuvre commune. Juxtaposer photographies de l’un et dessins de l’autre en une même exposition n’aurait pas créé une esthétique nouvelle. Travailler à quatre mains, qui plus est entre l’Afrique du Sud et les Pays-Bas, leur pays respectif de résidence, semblait une gageur, voire voué à l’échec. Aussi ont-ils décidé de concevoir, chacun, des œuvres inédites, en incorporant, par inclusion ou par emprunt, les travaux de l’autre aux leurs.

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Si les deux artistes s’intéressent au rapport, et à son évolution, entre l’animal et l’être humain, Roger Ballen se concentre davantage sur la part animale de l’esprit humain, tandis que Hans Lemmen explore ce temps où l’être humain vivait en union avec son milieu naturel, dénonçant par là même les ravages d’une certaine modernité. Le photographe travaille en studio, le dessinateur en extérieur, l’un avec des animaux nécessairement domestiques, l’autre seulement contraint par son imagination.

Enfin, au sein même du Musée, intégrant des motifs picturaux présents dans ce dernier, sont installées une cinquantaine d’œuvres de Marlène Mocquet, soit un travail considérable. Au moyen de sculptures en grès ou en porcelaine émaillés, de dessins, de peintures, d’émaux, l’artiste invitée révèle et déploie un univers peuplé d’êtres facétieux, et joue sur les ambivalences du cocasse, du moqueur et de l’enchantement.

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Ces réalisations, à l’instar de certains albums pour la jeunesse davantage destinés aux adultes, estompent les frontières entre l’enfance et l’adulte, le réel et l’imaginaire, le rationnel et l’irrationnel, le conscient et l’inconscient. La cohérence stylistique, la maîtrise de techniques peu employées en art contemporain, le développement assuré du contenu de l’œuvre permet d’évoquer un travail déjà bien abouti. Puisse le succès récent de Marlène Mocquet outre-Atlantique se renouveler sur le continent.

Lionel Sabatté, Roger Ballen et Hans Lemmen, Marlène Mocquet, « La Sélection de parentèle », « Unleashed », « En plein cœur », autant de manières originales d’appréhender et de représenter artistiquement le vivant, autant de découvertes auxquelles convie un musée qui se réinvente.

Lionel Sabatté, « La Sélection de parentèle », Roger Ballen et Hans Lemmen, « Unleashed », et Marlène Mocquet, « En plein cœur », du 7 mars au 4 juin 2017, du mardi au dimanche de 11h à 18h, nocturne les mercredis jusqu’à 21h30, Musée de la Chasse et de la Nature, 62 rue des Archives, 75003, Paris, 01 53 01 92 40, musee@chassenature.org, 8-6 €, entrée libre le premier dimanche du mois.

Quelques livres :

Roger Ballen et Hans Lemmen – Unleashed, avec des textes de Claude d’Anthenaise, Stijn Huijts et Jan-Philipp Fruehsorge, Bielefeld, Éditions Kerber, 2017, catalogue bilingue anglais-français.

Marlène Mocquet – En plein cœur, avec des textes de Julia Garimorth, Henri François Lebailleux et Alain Tapié, Paris, Éditions du regard, 2017.

Autour des expositions :

– Visites-conférences des expositions les 6, 7, 11, 12, 13 et 14 avril de 11h à 12h (10 €, inscription obligatoire à l’adresse suivante : visite@chassenature.org)

– Visite comestible « Mange-moi » avec Marlène Mocquet et Brigitte de Malau, le jeudi 4 mai 2017 à 20h : Marlène Mocquet convie à une déambulation à travers son exposition, au cours de laquelle les cinq sens seront mis à l’honneur, grâce à Brigitte de Malau qui réalisera pour l’occasion quelques délicatesses à croquer face aux œuvres…

Auteur : Hélène Bourguignon

Hélène Bourguignon travaille depuis plus de dix ans dans le secteur de l’édition universitaire. Si elle aime son métier, elle apprécie aussi de se changer les idées…

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