Salvador Dalí – Joann Sfar, un alliage inédit

Joann Sfar, Je sens un décollationnage… (2016)
Joann Sfar, Je sens un décollationnage…

Joann Sfar, auteur de la bande dessinée Le Chat du rabbin (2002-) ou encore du film Gainsbourg, vie héroïque (2010), a rencontré Salvador Dalí à la fin de l’adolescence. S’il a tôt fait connaissance avec les écrits pléthoriques de l’artiste, il a fallu l’invitation récente de l’Espace Dalí pour qu’il fréquente sa peinture ou, selon ses propres mots, qu’il entre en intimité avec celle-ci. Quelle fut la commande ? Quels en sont les aboutissements ?

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L’Espace Dalí, dont la collection permanente comprend sculptures, dessins, peintures, mobilier et objets variés, organise une exposition temporaire par an. Dalí étant un grand raconteur d’histoires, sur son œuvre comme sur sa personne, il s’est agi de trouver une personne qui sache narrer Dalí. L’exposition « Joann Sfar, Salvador Dalí : une seconde avant l’éveil » retrace l’histoire d’une rencontre entre deux artistes, au cours de laquelle Joann Sfar tente d’imaginer, de penser comme Dalí. S’y mêlent sans se confondre des pièces de la collection permanente et plus de deux cents planches originales de Sfar, également réunies sous la forme d’une bande dessinée, Fin de la parenthèse.

Couverture de "Fin de la parenthèse" par Joann Sfar
© Éditions Rue de Sèvres

L’artiste Seabearstein se trouve engagé dans une expérience inédite. Pour sauver le monde de l’obscurantisme dans lequel il sombre, il doit réveiller le seul prophète non religieux encore existant, Salvador Dalí, dont le corps a été cryogénisé, c’est-à-dire placé à très basse température en vue d’être conservé et éventuellement ressuscité. Pour atteindre son but, Seaberstein, aidé de quatre modèles féminins, doit invoquer l’esprit du peintre en mettant en scène ses tableaux. À la lecture de ce récit, le choix de Joann Sfar pour raconter Dalí apparaît des plus pertinents. Associations d’idées, imagination, jeu sur la relation entre rêve et réalité caractérisent les œuvres des deux artistes. D’autres, à l’évidence, iraient plus loin, évoquant extravagance, fantasmagorie, illusion, délire ou tout du moins déraison.

Salvador Dalí, Femme en flammes (1980)
Salvador Dalí, Femme en flammes (1980)
© I.A.R

Deux thèmes se révèlent saillants dans cette réalisation à quatre mains : le sacré et la mode. Il incombe aux arts de voler à la religion sa fonction sacrée, affirme Joann Sfar. « Le goût de Dalí pour le Christ est proprement confiscatoire. […] Dieu est un sujet trop grave pour le laisser aux seuls religieux. » Aussi s’en empare-t-il, à sa manière. Il exhume aussi la collaboration entre Salvador Dalí et Elsa Schiaparelli, tous deux figurant parmi les premiers à travailler l’un avec des stylistes, l’autre avec des artistes. Mentionnons seulement leur fameuse robe homard, où le rouge animal se manifeste, à juste hauteur, sur la blancheur virginale. Pour faire écho aux dessins de Joann Sfar, sont ainsi exposés un Christ de Dalí et des robes de Schiaparelli.

Joann Sfar, Girafe en feu (2016)
Joann Sfar, Girafe en feu

Hors les œuvres en tant que telles, l’exposition doit beaucoup, si ce n’est tout, à la scénographie. Le plat et le noir et blanc des crayonnés de Sfar contrastent avec quelques volumes et les couleurs des œuvres de Dalí, couleurs que l’on retrouve toutefois dans la bande dessinée Fin de la parenthèse. Les planches originales ont été composées sur les murs, certaines agrandies, évitant toute lassitude et permettant l’immersion dans des mondes follement imaginaires. Avec ces deux mêmes préoccupations à l’esprit, Olivier Daviaud, qui a composé les musiques des films de Joann Sfar, a créé pour l’occasion une bande sonore de plus d’une heure. Tout convie ainsi le visiteur à se laisser envoûter par les charmes artistiques d’un imparable duo Dalí-Sfar… ou Sfar-Dalí.

« Joann Sfar, Salvador Dalí, une seconde avant l’éveil », du 9 septembre 2016 au 31 mars 2017, tous les jours de 10h à 18h30, nocturnes jusqu’à 21h les derniers mercredis du mois, Espace Dalí, 11 rue Poulbot, 75018 Paris, 01 42 64 40 10, 11/8/7 €.

Joann Sfar, Fin de la parenthèse, Paris, Éditions Rue de Sèvres, 2016.

Auteur : Hélène Bourguignon

Hélène Bourguignon travaille depuis plus de dix ans dans le secteur de l'édition universitaire. Si elle aime son métier, elle apprécie aussi de se changer les idées...

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