« L’Invention de Morel » ou l’image et ses réalités

Adolfo Bioy Casares, L'Invention de Morel (1940)En 1940, l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares (1914-1999), proche de Jorge Luis Borges, signe un roman qui le fait connaître : L’Invention de Morel. Au moyen de machines, un inventeur filme pendant une semaine les habitants d’une île à leur insu, puis projette ces images à un homme ayant entre-temps échoué. Celui-ci, pensant évoluer non dans un monde transposé mais dans la réalité, s’éprend d’une femme sans toutefois parvenir à communiquer avec elle. Il observe également de curieux phénomènes qui le conduisent à découvrir le subterfuge. Dès lors se posera à lui la question de vivre, en l’occurrence un amour, à la fois en image et en réalité.

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Réunissant des œuvres d’une douzaine d’artistes d’horizons variés (Leandro Erlich, Julio Le Parc, Stéphanie Solinas…), l’exposition « L’Invention de Morel ou la machine à images », présentée jusqu’au 21 juillet à la Maison de l’Amérique latine à Paris, n’illustre pas le roman : elle s’en réapproprie les réflexions sur la réalité des images, leur matérialité, sur le rapport de l’être humain à celles-ci, mais aussi sur l’immortalité ou encore l’éternel retour. Chaque artiste a œuvré à partir d’idées, de scènes, de personnages ayant retenu son attention. Miroirs, vitres sans tain, reflets spéculaires, hologrammes occupent une large place parmi les moyens utilisés pour travailler sur les images, leurs transformations ou réplications. Le visiteur est aussi régulièrement convié à interagir avec des images, voire à en créer.

Jean-Louis Couturier, Petit Verre vert (2016)
Jean-Louis Couturier, Petit Verre vert (2016)

Cette exposition, très convaincante par sa manière de penser la relation entre source d’inspiration et œuvres, témoigne de l’influence durable du roman d’Adolfo Bioy Casares sur les arts. Elle donne particulièrement envie de lire ou de relire cette Invention de Morel qui, en près de quatre-vingts ans, n’a pas vieillie.

« L’Invention de Morel ou la machine à images », du 16 mars au 21 juillet 2018, Maison de l’Amérique latine, 217 bd Saint-Germain, 75007 Paris, 01 49 54 75 00, du lundi au vendredi de 10h à 20h, samedi de 14h à 18h, entrée libre.