Graine d’ici et d’ailleurs

Ateliers Lion Associés, Institut des cultures d’islam (Paris, 2016)
Ateliers Lion Associés, Institut des cultures d’islam (Paris, 2016)

Prendre le chemin de l’Institut des cultures d’islam est un plaisir toujours renouvelé. Situé au cœur du quartier à la forte d’identité qu’est la Goutte d’or à Paris, l’Institut propose une riche et attrayante programmation. Concerts, conférences et débats, ateliers et stages pour adultes ou enfants, expositions, projections se succèdent dans les deux bâtiments de la rue Stéphenson et de la rue Léon, mais aussi dans la cour intérieure arborée et dans le chaleureux café.

Jusqu’au 15 janvier, l’Institut présente une exposition collective dont le thème est le grain de blé. Quoi de plus anodin certes, mais, aussi et surtout, quoi de plus central dans bien des sociétés.

L’exposition « Sacrées graines » nous invite à un voyage qui interroge les pratiques politiques, culturelles et sociales autour d’une graine qui ne prend toute sa valeur que par le travail qu’elle nécessite. Cette transformation du grain de blé en farine, son, semoule, boulgour ou couscous, est essentiellement dévolue aux femmes. (Bariza Khiari, présidente de l’Institut)

Les artistes conviés explorent et déploient les enjeux de chaque étape de la vie d’une telle graine, depuis sa culture jusqu’à sa consommation, en passant par sa transformation et sa commercialisation.

Ainsi, au cours de sa performance qui s’intitule La Bonne Graine et qui s’achève ces prochains jours, Ninar Esbar trie une tonne de graines selon leur qualité. Par cette mise en scène, l’artiste plasticienne et écrivaine questionne autant le rôle social des femmes que le travail répétitif d’ouvriers ou les impensés de bureaucraties.

Ninar Esber, La Bonne Graine (installation, 2012)
Ninar Esber, La Bonne Graine (installation, 2012)
© Nina Esber, courtesy galerie Imane Farès/HB

En photographiant des produits alimentaires palestiniens, Jean-Luc Moulène, lui, distribue symboliquement des marchandises absentes du commerce international. « Je me sers purement et simplement du marché de l’art, pour donner une valeur à quelque chose qui est invisible, nié. Mais là, la logique marchande révèle son idéologie [1] », explique-t-il.

Jean-Luc Moulène, Documents/Produits de Palestine : 02 04 26 Couscous (2003)
Jean-Luc Moulène, Documents/Produits de Palestine : 02 04 26 Couscous (2003)
© Jean-Luc Moulène, courtesy galerie Chantal Crousel

Comme l’eau, le blé conduit à réfléchir sur les thèmes de la mondialisation, de l’exil et de l’immigration, du vivre-ensemble, de la mémoire et de la transmission. Les œuvres des treize artistes en témoignent, reste à les en remercier.

Exposition collective, « Sacrées graines », du 15 septembre 2016 au 15 janvier 2017, Institut des cultures d’islam, 56 rue Stéphenson et 19 rue Léon, 75018 Paris, 01 53 09 99 84, entrée libre.

Catalogue de l'exposition

Catalogue de l’exposition : Sacrées Graines, Paris, Institut des cultures d’islam, 2016, 56 p., 10 €.

Autour de l’exposition : théâtre, Teatro Naturale : moi, le couscous et Albert Camus, 6-7 janvier 2017, 20h-22h, École Pierre Budin, 5 rue Pierre Budin, 75018 Paris, 8-12 € ; conférence, Sylvie Durmelat, Fatema Hal, Farouk Mardam-Bey, « Les aventures d’une graine sacrée », 17 novembre 2016, 19h-21h, entrée libre.

[1] Jean-Luc Moulène, entretien avec Manuel Fadat et John Cornu, Droits de cités, avril 2008, cité dans le catalogue de l’exposition, Sacrées Graines, Paris, Institut des cultures d’islam, 2016, p. 36.