La Belgique au contemporain

Avec Art Brussels, la Belgique a lancé ce qui ressemble fort à une « saison » d’art contemporain : Aalst, Beaufort, Bruges, Bruxelles, Mons (capitale de la culture 2015), Malines, les occasions ne manqueront pas de se rendre outre-Quiévrain pour renouer ou découvrir des œuvres contemporaines, qu’elles soient photographiques, plastiques, audiovisuelles ou sculpturales. Après une brève présentation de la Triennale de Bruges, de la Biennale de Malines « Contour 7 » et de « Beaufort, au-delà des frontières », nous évoquerons Art Brussels qui, pour sa trente-troisième édition, a réuni moins d’artistes mais dans de meilleures conditions, au demeurant déjà excellentes les années précédentes.

Bruges et Malines sont confrontées à une même problématique : comment exposer l’art contemporain dans une ville historique. La Triennale d’art contemporain et d’architecture de Bruges renoue avec celles qui se tinrent en 1968, 1971 et 1974, et où furent exposées les œuvres d’artistes alors méconnus, tels que Marcel Broodthaers, Jacques Charlier, Jef Geys, Mass Moving, Panamarenko, Roger Raveel. Le thème choisi pour relancer cette manifestation en 2015 tient en une question : que se passerait-il si Bruges devenait une mégalopole, si les cinq millions de visiteurs que la ville accueille annuellement décidaient d’y résider ? Les ressorts de l’interrogation, multiples, relèvent de l’architecture, de l’urbanisme, de la sociologie, ils conduisent à réfléchir aux enjeux de conservation ou de restauration d’un patrimoine bâti il y a plusieurs siècles, de l’habitat, de la citoyenneté, autant de sujets dont les arts contemporains savent s’emparer à leur façon.

La Ville de Bruges ayant assaini les canaux dans les années 1970 et développé des activités aquatiques, l’Atelier Bow-Wow propose, à partir d’une structure flottante conçue pour la Triennale, de repenser leur usage par les habitants.

Quelle structure d’habitation, également système socio-financier, permettrait à des personnes de niveaux sociaux différents de vivre ensemble ? Nicolas Grenier apporte une réponse avec l’installation Vertically Integrated Socialism, située dans l’église désaffectée du Grand Séminaire, qui comprend une maquette, un logement grandeur nature ainsi qu’un film de quarante-cinq minutes.

Nicolas Grenier, Vertically Integrated Socialism (2014)
Nicolas Grenier, Vertically Integrated Socialism (2014)

Bruges, cité médiévale protégée et ville d’un 21e siècle où 50 % de la population est citadine, présente donc cette année les œuvres de dix-huit artistes, auxquelles s’ajoutent trois expositions en intérieur : au musée Arentshuis sur les visions urbaines, à De Bond sur les dynamiques que connaissent certaines villes moyen- ou extrême-orientales et à l’Hôtel de ville sur les cités imaginaires.

Située entre Bruxelles et Anvers, Malines, au riche patrimoine légendaire et dont l’âge d’or se situe à la Renaissance, est cependant connue pour avoir été, de 1942 à 1944, un lieu de rassemblement des juifs et des Tsiganes en vue de leur déportation vers Auschwitz. La septième Biennale de l’image en mouvement « Contour », dédiée à Thomas More, l’auteur d’Utopia qu’il rédigea en 1515 au cours d’un séjour en Flandres, explore deux thèmes suffisamment amples pour tenter de donner une cohérence à l’ensemble des œuvres exposées et les rattacher aux lieux de la ville investis : celui des monstres et des martyrs conçus par les médias et celui des utopies imaginées par des fous, des philosophes ou des artistes. Parmi les œuvres exposées, celle d’An van. Dienderen intitulée SKIN/Blush a retenu notre attention. La réalisatrice belge donne une nouvelle existence aux « China girls ». Restés anonymes, ces modèles féminins, ainsi nommés en raison de leur visage au teint de porcelaine étaient utilisés au cinéma pour régler les éléments chromatiques des films. Voici quelques clichés de l’œuvre en cours de réalisation.

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Pour sa cinquième édition, les commissaires de la Biennale de Beaufort (Lorenzo Benedetti, Patrick Ronse, Hilde Teerlinck et Phillip Van den Bossche), tout en continuant d’investir l’espace public, ont décidé d’associer dix communes du bord de mer. La manifestation se déploiera donc sur soixante-sept kilomètres de côte, notamment en trois lieux : la réserve naturelle du Zwin, Raversyde et De Nachtegaal. La majorité des artistes sollicités ont conçu une œuvre pour l’occasion, en s’attachant à aller, cette année, « au-delà des frontières » de l’art, à savoir vers l’architecture, les sciences, l’urbanisme, l’enseignement et, en raison du caractère protégé des sites concernés, l’écologie, l’environnement, la durabilité. Beaufort 2015 promet ainsi un beau parcours.

À partir de 2016, Art Brussels, foire internationale où les galeries françaises semblent de plus en plus présentes, se tiendra à Tour & Taxi, lieu bruxellois plus central qui devrait donc attirer un public plus large et plus nombreux, du moins espérons-le. Voici quelques aperçus de l’édition de cette année.

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Cette année, les créations d’Ilse Haider ont intrigué, comme celles d’Athanasios Argianas.

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La galerie Samuel Vanhoegaerden, qui promeut des œuvres de Pierre Alechinsky, Alexander Calder, Christo, James Ensor ou Andy Warhol, avait fait le pari de ne présenter que deux séries de Fred Eerdekens, dont l’une d’elles a fait penser aux toiles fendues de Lucio Fontana.

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Art Brussels accueillait également les œuvres, au prix à six chiffres, d’artistes internationalement reconnus, tels que Takis, Bill Viola et Andy Warhol.

Pour réaliser Le Meilleur des mondes (2006), Mathieu Pernot, dont l’œuvre est actuellement exposée au Fotomuseum d’Anvers, a agrandi des cartes postales éditées entre 1950 et 1990 et représentant des habitations collectives de banlieues françaises comme fleuron du progrès. En contrepoint à cette série, la galerie Senda exposait les photographies en noir et blanc que Mathieu Pernot a prises lors de la destruction des ensembles de La Courneuve et de Meaux.

Benjamin Mouly, photographe autodidacte de vingt-trois ans qui a déjà conquis quelques jurys, présentait son travail sur les détails et les fragments.

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2015 fut une bonne année en matière de dessin et, à cet égard, la série Pendant qu’il fait encore jour (2014) d’Emmanuel Régent a retenu l’attention. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces dessins au feutre n’évoquent aucun temps ni lieu particuliers. C’est d’ailleurs dans cette indétermination que réside en partie la force de ces œuvres.

Enfin, comment ne pas avoir un pincement au cœur en tombant sur Paris roof tops de l’Allemand Michael Wolf ? Un regard étranger serait-il le plus à même d’évoquer un paysage à d’autres familier ? Peut-être était-il temps de rentrer…

Art Brussels, du 25 au 27 avril 2015 ; Beaufort, au-delà des frontières, du 21 juin au 21 septembre 2015 ; Triennale d’art contemporain et d’architecture Bruges 2015, du 20 mai au 18 octobre 2015 ; Contour 7, Malines, du 29 août au 8 novembre 2015.