Antoinette Sasse, la Résistance et les arts

Antoinette peignant le portrait de Paul Géraldy à Beauvallon, à la fin des années 1930.
Antoinette peignant le portrait de Paul Géraldy à Beauvallon, à la fin des années 1930.
© Fonds Antoinette Sasse, Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean-Moulin (Paris Musées).

Il aura fallu attendre vingt-deux ans pour que le Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean-Moulin consacre une exposition à celle à qui il doit en grande partie son existence : « Antoinette Sasse (1897-1986), rebelle, résistante et mécène ».

Rebelle, Antoinette Sasse incarne, en ces années folles, une femme indépendante à tous égards, moderne, anticonformiste, délurée, engagée, entière, qualificatifs auxquels d’aucuns associeront volontiers les termes d’élégante, de sportive, d’artiste et de lettrée.

Antoinette en train de peindre à Beauvallon, à la fin des années 1930.
Antoinette en train de peindre à Beauvallon, à la fin des années 1930.
© Fonds Antoinette Sasse, Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean-Moulin (Paris Musées).

Proche de Jean Moulin avec lequel elle entretenait une amitié amoureuse, elle assista celui-ci jusqu’à son arrestation à Caluire. En 1942, elle travailla également pour le réseau Gilbert que dirigeait son propre beau-frère, le colonel Groussard. Enfin, le 15 septembre 1944, elle commença à enquêter sur la mort de « Rex », à se battre pour sa mémoire et sa postérité. « Avec vous, la vérité sera respectée », lui écrit la sœur du résistant, Laure Moulin, le 25 mars 1958.

Comme Jean Moulin, Antoinette Sasse était douée pour le dessin et la peinture. Inspirée par Fernand Léger, conseillée par Chaïm Soutine, élève et amie de Kees Van Dongen, elle exposa au Salon des artistes français, au Salon des Tuileries, au Salon d’automne.

« Il y avait au Salon des artistes français, d’heureuses choses dans la section des dessins et pastels. Je mentionnerai notamment deux pastels, Portrait et Évocation, exposés par un artiste encore jeune, Mademoiselle Kohn, mais qui sait déjà faire preuve d’un talent plein d’originalité. » (Revue moderne des arts, 15 août 1931)

Dans le cadre de l’exposition temporaire, sont présentés des croquis au crayon, des gouaches, des aquarelles qu’Antoinette Sasse réalisa au cours des années 1920 et 1930, ainsi que quelques tableaux fauves et cubistes issus des collections du musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Est aussi évoqué le métier de galeriste qu’elle exerça pendant les années noires.

Au début de l’année 1943, Antoinette Sasse aida en effet Jean Moulin à ouvrir une galerie à Nice afin de couvrir les activités du préfet révoqué. Elle acheta pour lui des toiles de Suzanne Valadon, de Raoul Dufy. Après la guerre, cette pratique et cet amour communs de l’art constituèrent pour elle des moyens d’entretenir, intimement, le souvenir de celui qui fut à la fois son amant et son ami.

« Antoinette Sasse : rebelle, résistante et mécène », du 12 avril 2016 au 29 janvier 2017, Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean Moulin, 23 allée de la 2e DB, Jardin atlantique, 75015 Paris, au-dessus de la gare Montparnasse, accès par ascenseur au 4 rue du Commandant Mouchotte ou par escalier à gauche de la voie 3 du TGV, du mardi au dimanche de 10h à 18h, 01 40 64 39 44.

Pierre Péan et Laurent Ducastel, Jean Moulin : l’ultime mystère, Paris, Albin Michel, 2015, 480 p., 22 € ; cette biographie romancée, qui adopte le point de vue d’Antoinette Sasse sur le résistant, sera présentée par son auteur le jeudi 16 juin à 14h30, entrée gratuite sur réservation.

Place à l’abstraction !

Vue de la galerie Diane de Polignac depuis l'entrée.

L’année 2014 est placée sous le signe de l’abstraction, avec deux expositions des œuvres de Serge Poliakoff, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris et au Musée Maillol ; deux autres, pas moins admirables, de Nicolas de Staël, l’une sur le nu au Musée Picasso d’Antibes, l’autre sur les lumières et les paysages au Musée d’art moderne André Malraux du Havre ; deux autres encore sur les époux Delaunay, Robert au Centre Pompidou et Sonia au Musée d’art moderne de Paris… ainsi qu’un accrochage d’œuvres d’Olivier Debré (1920-1999) à la galerie Diane de Polignac, à deux pas du Musée d’Orsay.

Nous vous invitons à pousser la porte de cette galerie pour découvrir une sélection d’œuvres réalisées entre 1950 et 1980, leurs couleurs et leurs tonalités, ces masses compactes qui surgissent, avant de disparaître lorsque l’artiste évolue vers des fonds plus fluides. L’équipe de la galerie, très accueillante, est à votre disposition pour toute information ou explication sur l’art d’Olivier Debré. Pour ceux qui souhaiteraient explorer davantage l’œuvre de cet artiste majeur, nous signalons qu’un Centre de création contemporaine – Olivier Debré, initié par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), est en cours d’achèvement à Tours. Il aura pour vocation de présenter la donation Olivier Debré ainsi que de promouvoir la production artistique contemporaine. D’une surface d’environ 4 500 mètres carrés, il ouvrira ses portes l’an prochain. Dans le domaine de l’abstraction, 2015 ne sera donc pas en reste !

« Olivier Debré (1920-1999) », du 15 septembre au 14 décembre 2014, Galerie Diane de Polignac, 16 rue de Lille, 75007 Paris, du lundi au vendredi de 11h à 19h, entrée libre.