Avec « Scandalous », la gare de l’Est se tourne plus que jamais vers l’Extrême-Orient

Daido Moriyama, "Scandalous" (Paris, 2016)
Daido Moriyama, « Scandalous » (Paris, 2016)

Parallèlement à l’exposition « Provoke, entre contestation et performance : la photographie au Japon 1960-1975 », le BAL présente, en partenariat avec SNCF Gares et connexions, une installation inédite de Daido Moriyama, figure majeure de la photographie japonaise.

 

Daido Moriyama, "Scandalous" (Paris, 2016)
Daido Moriyama, « Scandalous » (Paris, 2016)

Conçue en 2016 pour le parvis de la gare de l’Est à Paris, Scandalous est une sélection de clichés de la série Accident publiée initialement dans le magazine Asahi Camera entre janvier et décembre 1969.

 

 

Inspiré par les œuvres d’Andy Warhol, Daido Moriyama s’approprie des images de faits divers, d’épidémies, de célébrités, d’accidents de voiture diffusées dans la presse, à la télévision, sur des affiches (par exemple de sécurité routière, d’où le titre Accident), les recadre et les signe, soulignant ainsi leur statut d’objet de consommation et manifestant sa rupture d’avec la photographie d’auteur.

Daido Moriyama, "Scandalous" (Paris, 2016)
Daido Moriyama, « Scandalous » (Paris, 2016)

Voilà de quoi arrêter voyageurs, habitants et passants…

Daido Moriyama, « Scandalous », du 19 septembre au 20 novembre 2016, parvis de la gare de l’est à Paris.

Le photographe est l’auteur de plus de deux cents livres, dont le catalogue de l’exposition : Daido Moriyama, Scandalous, Tokyo, Akio Nagasawa Publishing, 2016.

« Provoke, entre contestation et performance : la photographie au Japon 1960-1975 », du 14 septembre au 11 décembre 2016, Le BAL, 6 impasse de la Défense, 75018 Paris, 01 44 70 75 50, contact@le-bal.fr, 6-4 €.

« Décalage, hommage à Takuma Nakahira (1938-2005), exposition collective à laquelle participe Daido Moriyama, du 17 septembre au 23 octobre 2016, Galerie Circulations, 121 rue de Charonne, 75011 Paris, 01 40 33 62 16, contact@galerie-circulations.com, entrée libre.

Art liberté

Depuis le 9 novembre 1989, le mur de Berlin qui avait séparé Berlin a perdu sa fonction. Avec la disparition du Mur ont disparu les parties peintes souvent de façon artistique. Le Mur ne nous manquera point, mais l’Art du Mur. Il est donc important et surtout enrichissant de conserver cette peinture pour les générations à venir, qui pourraient être tentées d’oublier cette époque. Il faut se souvenir du Mur, comme le symbole pétrifié de l’échec politique. Il faut s’en souvenir aussi parce que les gens se sont habitués à son existence et l’ont intégré dans leur vie de tous les jours en le transformant en une œuvre d’art. L’art contre béton. L’art a gagné ! (Walter Momper, maire de Berlin (1988-1990)[1])

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Pour marquer le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin, Sylvestre Verger a conçu une exposition à la gare de l’Est à Paris, gare d’où partent la plupart des trains à destination de l’Allemagne et où transitent cent trente mille personnes chaque jour. « Art liberté : du mur de Berlin au Street Art » se veut un hommage aux artistes de toute nationalité ayant peint sur le Mur avant sa chute et, au-delà, à la liberté d’expression. Elle se tient dans trois lieux distincts : le parvis, le hall d’Alsace et la rue du même nom.

Le voyageur est accueilli par trois Trabant, voiture emblématique de la République démocratique allemande, réinterprétées par Christophe-Emmanuel Bouchet, Kiddy Citny et Thierry Noir. Autour d’elles sont présentées trente créations réalisées sur des fragments du Mur par des street artistes.

Jef Aérosol, Sitting Kid, septembre 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
Jef Aérosol, Sitting Kid, septembre 2014  © JA/HB

 

Jef Aérosol a représenté l’un de ses « garçon assis » que l’on retrouve un peu partout dans le monde, accompagné d’une flèche rouge, sa signature.

 

 

Jean Faucheur, Sans titre, juin 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
Jean Faucheur, Sans titre, juin 2014 © JF/HB

 

« Oublions la couleur, naviguons dans le flou, empêchons-nous de mieux voir… Ce regard absent… Le mien peut-être ? » (Jean Faucheur)

 

 

 

C215, Bons baisers de Russie, juin 2014 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
C215, Bons baisers de Russie, juin 2014© C215/HB

 

 

« Baiser libéré… Volé à l’histoire, quand le noir et le blanc s’impriment sur le vélin d’un fragment d’espoir. » (C215)

 

 

L7m, Paix, amour : le colibri blanc !, mars 2015 (acrylique sur béton, 100x120 cm)
L7m, Paix, amour : le colibri blanc !, mars 2015
© L7m/HB

 

 

Les oiseaux que peint l’artiste L7m, d’origine brésilienne, évoquent la déforestation amazonienne tout en étant porteur d’un message d’espoir. Le colibri blanc représenté sur le fragment du Mur est ainsi une métaphore de la paix et de l’amour.

 

 

 

 

Dans la gare sont suspendues des photographies du mur de Berlin réalisées par Heinz J. Kuzdas pendant les années quatre-vingts, et deux films présentent l’un l’histoire du mur de Berlin, l’autre les œuvres réalisées sur celui-ci avant sa chute.

Enfin, rue d’Alsace, Christophe-Emmanuel Bouchet, Kiddy Citny, L7m et Thierry Noir ont crée au début du mois d’avril 2015, au cours d’une performance, une fresque de quarante-sept mètres de long qui, par ses couleurs vives, égaie ce que les villes ont souvent délaissé : les alentours des gares. Ce projet fait aussi renaître les Statues de la liberté que Christophe-Emmanuel Bouchet et Thierry Noir avaient peintes sur le mur le Berlin, à Checkpoint Charlie, le 4 juillet 1986, année du centième anniversaire de la Statue de la liberté à New York, et qui avaient été recouvertes quelques mois plus tard par une œuvre de Keith Haring, elle-même voilée dès le lendemain.

Le double enjeu de l’exposition « Art liberté : du mur de Berlin au Street Art » est ainsi de faire découvrir les artistes du mur de Berlin en introduisant des œuvres dans la vie quotidienne des voyageurs et des riverains. Bel enjeu, beau défi !

« Art liberté : du mur de Berlin au Street Art », du 15 avril au 8 juillet 2015, Gare de l’Est (parvis, hall d’Alsace et rue d’Alsace), entrée libre.

Catalogue de l’exposition : Art liberté : du mur de Berlin au Street Art, Paris, sVo Art, 2015, 20 €.

[1] Citation extraite du catalogue de l’exposition, Art liberté : du mur de Berlin au Street Art, Paris, sVo Art, 2015, p. 4.