À l’origine d’un succès de librairie, la typographie

Couverture de Jan Tschichold, Livre et typographie (1948)
 

À l’évidence, l’agrément d’une lecture ne tient pas seulement à la qualité de l’écriture textuelle. Le graphisme et la typographie, généralement oubliés lorsque sont évoquées les causes d’un succès, y comptent pour beaucoup. Pourquoi les polices de caractères avec empattements sont-elles plus lisibles que celles qui n’en possèdent pas ? Parce que les empattements soutiennent le regard et ainsi facilitent la lecture. Pourquoi de grandes marges concourent-elles au plaisir de lire ? Offriraient-elles un espace de repos à la vue ? Livre et Typographie : essais choisis de Jan Tschichold répond aux questions que l’on pouvait se poser et, plus intéressant encore, attire l’attention sur des éléments visuels dont on n’avait pas conscience.

Le travail de l’artiste du livre se distingue essentiellement de celui d’un graphiste.

En 1923, Jan Tschichold (Leipzig, 1902-Locarno, 1974) devient le typographe attitré du Bauhaus. En 1926 paraît son ouvrage Typographie élémentaire et en 1928 La Nouvelle Typographie qui inaugurent la typographie moderne. Arrêté en 1933 en raison de son opposition au national-socialisme, il s’exile en Suisse, à Bâle. Dès lors, il mène conjointement des activités d’enseignement, de publication et de praticien, finalement promoteur d’une typographie traditionnelle et épurée. En 1937, 1938 et 1947-1949, il séjourne en Angleterre où il renouvelle l’identité graphique des collections de la maison d’édition Penguin Books.

Une typographie parfaite est plutôt une science qu’un art.

Livre et Typographie est la traduction d’Ausgewählte Aufsätze über Fragen der Gestalt des Buches un der Typographie, initialement paru en 1948. On y découvre une forte personnalité, un Jan Tschichold en professionnel passionné, sûr de ses idées et de son savoir-faire, aux formules parfois péremptoires ou surtout volontiers acides mais délicieuses.

Les dimensions du livre sont déterminées par l’usage que l’on veut en faire. Elles sont établies en fonction de la taille moyenne et des mains d’un adulte. On ne doit choisir le format in-folio pour des livres d’enfants, car ceux-ci ne pourront pas les manier. On demande à un livre un degré élevé, ou au moins satisfaisant, de maniabilité : un livre grand comme une table est une monstruosité, des livres de la dimension d’un timbre-poste sont des amusements. Des livres très lourds ne sont pas non plus les bienvenus ; les personnes âgées ne pourraient peut-être pas les manipuler sans une aide étrangère. Pour des géants, il faudrait des livres et journaux d’un format énorme ; pour les nains, nombre de nos livres seraient trop grands.

Abondamment illustré, doté d’un index des noms et d’un autre des termes, Livre et typographie se prête à une lecture séquencée en raison de sa nature, soit un recueil d’essais choisis. La postface de Muriel Paris replace l’ouvrage dans son contexte historique, ce qui permet de mieux comprendre à la fois son auteur et son œuvre. Nul doute qu’une telle lecture, en livrant quelques clefs du succès en librairie, renouvelle le regard porté sur chaque livre.

Jan Tschichold, Livre et Typographie : essais choisis, postface de Muriel Paris, traduit de l’allemand par Nicole Casanova, Paris, Éditions Allia, 2018 (1re édition française : 1994), 208 p.