Des mains pour l’humanité

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Sur les murs de l’escalier qui mène à l’installation Tribu/s du monde sont reproduites des citations d’Anne de Vandière. Elles introduisent le visiteur dans ses pensées et, déjà, dans son travail photographique. Au cœur de celui-ci se situe la main, cette extrémité qui crée, sert ou encore transmet. Après s’être intéressée aux mains de personnalités puis d’artisans du luxe, Anne de Vandière est partie à la rencontre de celles d’ethnies habitant les confins du monde et ayant en commun le respect de leur environnement naturel. Du Sénégal en 2009 à la Laponie en 2015, elle a réalisé cinq cents portraits, jamais volés, comme en témoignent ses carnets de voyage. Constitués d’une couverture en cuir et d’épaisses feuilles de papier, ils recueillent, par double page, le portrait, l’empreinte de la main et diverses objets (plumes, coquillages, végétaux) de chaque personne photographiée.

Carnet de voyage en Laponie d’Anne de Vandière (2015)
Carnet de voyage en Laponie d’Anne de Vandière (2015)

L’installation Tribu/s du monde se compose de trois dispositifs : deux conteneurs, métaphores de l’enfermement des ethnies, sont reliés par un sas dans lequel sont diffusés des films documentaires de cinq à six minutes. L’intérieur du conteneur noir est couvert par soixante-cinq triptyques : un portrait photographique accompagné des mentions des nom et activité, un cliché des mains, un témoignage oral retranscrit. L’intérieur du conteneur blanc, lui, est fait de tirages rétro-éclairés de différentes dimensions, le visage d’une nonne népalaise attirant le regard vers le plafond. Une bande sonore diffuse des bruits, chants ou musiques enregistrés in situ. L’expérience proposée vaut autant pour ses composantes, chaque photographie, chaque film, chaque séquence sonore, que pour sa globalité, pour cette immersion dans les ailleurs qui forment l’humanité.

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Au moins deux approches de l’installation sont possibles, qui correspondent à l’intention d’Anne de Vandière. L’une consiste à y entendre une alerte : déplacements forcés et pillages des ressources naturelles aboutiront à la disparition de ces peuples. Pourtant, comme l’écrit l’ethnologue Jean-Patrick Razon, « à l’heure où s’éveille la conscience que notre planète est en danger, ils apparaissent clairement porteurs d’avenir, tant par leurs modèles de développement durable que par les valeurs qui soudent encore leurs sociétés ». L’autre approche, qui oublie les explications et privilégie l’expérience artistique, est d’y voir un tableau vivant, vivifiant, de la diversité et donc de la richesse des cultures. Tribu/s du monde constitue, selon Anne de Vandière, « une tentative de réponse à ce qui n’est pas nous, une tolérance, une envie d’apprendre et de comprendre l’autre ». Dernier élément et non des moindres, son installation photographique ouvre de nouvelles pistes à l’art contemporain.

Anne de Vandière, « Tribu/s du monde », du 12 octobre 2016 au 2 janvier 2017, de 10h à 18h sauf le mardi, Musée de l’homme, 17, place du Trocadéro, 75016 Paris, 01 44 05 72 72, entrée libre.

Anne de Vandière, Tribu/s du monde (Paris, 2016)

 

Anne de Vandière, « Tribu/s du monde » (photographies), du 5 décembre 2016 au 25 février 2017, du lundi au samedi de 9h30 à 19h, Agence Terres d’aventure, 30 rue Saint-Augustin, 75002, Paris, entrée libre.

 

Couverture de Tribu/s du monde

Livres : Anne de Vandière, H/AND série 1, Paris, Paris Musées, 2004 ; id., Baccarat : « mains je vous aime », Paris, 2006 ; id., H/AND série 2, Paris, Nicolas Chaudun, 2008 ; id., Tribu/s du monde, Paris, Éditions Intervalles, 2016.

Dépêche : « Humanités »… au Musée de l’Homme !

Les Himbas font leur cinéma
Les Himbas font leur cinéma

Ce week-end, le Musée de l’Homme et France Télévision proposent, à travers une série de films documentaires, de découvrir la vie de personnes vivant dans différentes régions du monde. Voici le programme.

Samedi 24 septembre

11h30 : Les Himbas font leur cinéma

Las d’être filmés sans avoir leur mot à dire, une vingtaine de Himbas, des nomades de Namibie, décident de se mettre en scène face à la caméra pour faire découvrir leur monde : cérémonies et relations aux ancêtres, secrets de beauté et dangers de la modernité, recettes de cuisine…

13h30 : Omo Circus/Ethiopie

Il y a dix ans, lorsque Jean Queyrat se rend pour la première fois dans la vallée de l’Omo, cette région du Grand Sud éthiopien n’est alors connue que des paléontologues, de quelques anthropologues et d’une poignée de voyageurs. Aujourd’hui, les « primitifs » de l’Omo ont compris quel parti ils pouvaient tirer de la curiosité de nombreux visiteurs. Ils ont décidé de se mettre en scène. Une savoureuse comédie de dupes…

15h : Le chant des Wales/République démocratique du Congo

Dans la forêt équatoriale du Congo (RDC), certaines femmes pygmées, mères pour la première fois, vivent recluses avec leurs enfants au milieu d’autres femmes chargées de leur bien être : les « walés », ce qui signifie « femmes qui allaitent ». Pendant ce temps de réclusion, elles doivent créer un spectacle de danses et de chants pour le jour de leur libération.

16h30 : Le dernier refuge/Philippines (suivi d’une rencontre avec le réalisateur)

En 1978, la communauté scientifique apprend l’existence d’un peuple, les Tau’t Batu, vivant dans des grottes, au plus profond de la jungle de l’île de Palawan, aux Philippines. Semi-nomades, pêcheurs-chasseur, les Tau’t Batu, environ deux cent cinquante individus, ont été contraints à se sédentariser mais ces dernières années, des dizaines de familles ont décidé de quitter la ville pour rejoindre la grotte où ils sont nés, leur dernier refuge.

Dimanche 25 septembre

11h30 : Semeuses de joie/Inde

Le film est né de la rencontre, il y a sept ans, de Caroline Riegel avec onze nonnes bouddhistes dans une minuscule nonnerie du Zanskar, une vallée himalayenne perchée à plus 3 700 mètres. Certaines n’ont jamais quitté leurs montagnes. La réalisatrice leur a fait la promesse d’un voyage initiatique à travers leur pays, l’Inde, qu’elles ne connaissent pas.

13h30 : Taiga/Mongolie

Alors que l’économie mongole est en plein développement, les valeurs ancestrales et les mentalités des habitants évoluent, modifient les rapports à la nature et aux animaux sauvages. Purevjav, éleveur nomade poussé par la nécessité, décide de capturer quelques louveteaux dans leur tanière et de les élever pour les revendre. Le vieil homme prend conscience qu’il a violé la frontière sacrée entre les hommes et la nature…

15h : Jharia, une vie en enfer/Inde

Jharia, ville minière du Nord-Est de l’Inde est baignée dans un nuage de suie permanent, en proie à des feux perpétuels en raison d’une exploitation anarchique. En dépit de ces conditions, les habitants s’accrochent à ce lieu où ils ont leur maison et revendent le charbon qu’ils arrivent à extraire tant bien que mal.

16h30 : L’autre rêve américain, les Indiens du Nord Dakota/Etats-Unis (suivi d’une rencontre avec le réalisateur)

Dans le Dakota du Nord aux États-Unis vivent sept mille Indiens regroupant trois tribus : les Mandans, les Hidatsas et les Arikaras. Sous cette terre qui leur appartient, se trouvent des gisements de pétrole que les compagnies pétrolières tentent de s’approprier, mettant les Indiens face au dilemme suivant : se sauver économiquement de la pauvreté, au conserver leur culture en harmonie avec la nature ?

Signalons également, du 4 novembre au 6 décembre 2016, le 35e Festival international Jean Rouch du cinéma ethnographique. Pou le programme détaillé, cliquer ici. Entrée libre.

Série de films documentaires « Humanités », 24 et 25 septembre 2016, Musée de l’Homme, 17 place du Trocadéro, 75016 Paris, 01 44 05 72 72, auditorium Jean Rouch, entrée libre.